Horror Stories

Le trou


C’était pas de gaieté de cœur, mais fallait bien que quelqu’un s’y colle.

Nous étions là, tous les deux, près du trou, en train d’attendre un miracle pour sortir le petit garçon du trou.

Il était là, tout au fond, dans le noir, dans la terre, silencieux et inerte. Du moins, je l’imaginais. Pour ce que j’en savais, il pouvait tout aussi bien être mort. Ou bien avoir rampé entre des racines mystérieuses enfouies là-dessous depuis des siècles, puis s’être faufilé par je ne sais quelle ouverture pour enfin s’échapper ailleurs, et nous, nous ne l’avions pas encore vu, c’était tout. On n’y voyait rien du tout, c’était trop profond et je me raccrochais à tout, pourvu que nous ne soyons pas obligés de lui dire adieu ici, comme ça, de le laisser seul dans le noir. Pauvre petit.


Josh, à mes côtés, était agenouillé dans la terre humide, tenant les racines qui sortaient de toutes ses forces pour ne pas glisser, et hurlait toutes les minutes :

— Eh gamiiiiin !

Et le p’tit gars, il répondait pas.

Ça devait bien faire des heures que nous étions coincés ici, à attendre qu’il réponde sans savoir quoi faire d’autre. Personne à appeler. Pas de matériel, juste notre sac et une petite cordelette qui s’était déjà rompue quand nous avions essayé une première fois de descendre. J’avais froid et le vent hurlait dans nos oreilles, apportant l’odeur de l’humus, des fougères et des fleurs sauvages qui venaient de plus loin, quand la forêt était belle. Ici, c’était mort. Arbres secs, maigrelets. Terre fendue. Désolation.


Quelle idée, vraiment, d’avoir voulu absolument faire cette randonnée sans appareils avec nous ? Se retrouver, se connecter avec la nature, que nous nous étions dit. Tu parles… Je ne sais même pas où nous sommes. Nous nous étions perdus en suivant le garçonnet.

Il errait entre les arbres, quelques heures auparavant. Quelle idée avions-nous eue de l’avoir suivi en silence afin de ne pas l’effrayer ? Il avait l’air si apeuré de traîner dans cette forêt, abandonné aux éléments, sale et rachitique, les yeux hagards et la bouche craquelée. Il devait avoir si soif. Que ne donnerais-je pour revenir en arrière et faire demi-tour avant que nous lui fassions trop peur et qu’il tombe dans le trou tout à coup…

Ouais, va bien falloir que l’un de nous s’y colle et descende d’une façon ou d’une autre. Il suffirait de s'agripper aux racines qui s’entrelaçaient sur les parois raides, et de les utiliser comme une échelle, m’avait dit Josh. C’était si simple.


Alors il est descendu. Accroché ici et là sur les racines énormes qui sortaient de terre, soufflant et gueulant ses efforts à mesure qu’il s’enfonçait dans le trou noir. Au bout d’un moment, à mon tour à genoux en haut de la béance, agrippée comme une folle aux plantes mortes jonchant le sol, je me rendis compte que je fixais le néant et que je n’entendais plus Josh. Que c’était silencieux…


J’ai donc décidé de descendre à mon tour, posé mon sac sur le bord et suis entrée dans le trou béant. Je me tenais de toutes mes forces aux racines glissantes et me laissait tomber par à-coup, laissant la terre se morceler et tomber sur mon visage.

Au bout d’un moment, j’ai levé la tête, pour évaluer ma descente et je l’ai vu.

Le petit garçon était agenouillé, à notre place, et me regardait en souriant.