Après le serpent
auteur : Driller_killer
dernière modification le 2025-07-15 22:33:27
* trigger warning = message d'avertissement
Comment vous décrire ce que je ressens là tout de suite ? Je n’en ai strictement et foutrement aucune idée. Et j’ai autre chose à faire que de chercher les mots pour vous expliquer plus en détail en fait.
Je chiale. Yep, je chiale et j’ai mal. Le soleil me brûle tant. J’ai perdu mon chapeau. Pourtant, je vis encore. Je vis encore alors que je cherche désespérément l’autre côté dans ma tête. Non pas pour crever nan, au contraire bordel. Pour voir. Je suis intrigué. Je veux savoir. Je veux entendre. Je veux ressentir. Je refuse de croire que mon putain de cerveau s’éteindra bêtement. Out, finito, comme ça, d’un coup, juste parce qu’un connard de serpent m’aura mordu au détour d’une promenade.
Ouais, un enfoiré de serpent. Tout petit, tout débile, juste là, au mauvais endroit, au mauvais moment. Pour moi s’entend. Il est à sa place lui. Je me demande s’il sait ce qu’il a fait. S’il sait qu’il va faire de mon fils un orphelin de père, de ma femme une veuve… Sûrement que non. Connard.
J’ai mal, un peu plus maintenant, et je n’arrive plus à courir. J’aurais peut-être dû prévenir ma femme tant que j’avais encore mon téléphone. Ouais, je l’ai lancé sur le serpent. Mais il a atterri sur une pierre. Connard.
Tout est de la merde. Je commence à voir flou. J’essaye de ne pas pleurer. Pas encore. Je revois cette petite bête toute verte ramper vers moi à toute allure. J’étais assis peinard, à regarder mes stories sur instagram, et j’ai vu, là, dans mon champ de vision, l’éclair vert. L’éclair de la mort en somme. Ha ouais, ne regardez pas vos réseaux lorsque vous êtes sensés être en randonnée pépouze. Je crois que ça porte la poisse. Putain que j’ai mal. Foutu pied de merde !
Je fuis toujours autant. Je sais pourtant pertinemment que je ne parviendrai pas jusqu’à ma bagnole…
…
…
Excusez-moi, je n’ai rien dit pendant un moment, j’ai retrouvé mon chemin et ma voiture, je suis sur la route. J’ai toujours aussi mal. Je pense que ma fin arrive. Mais je ressens rien d’autre que de la peur pour le moment. Pourquoi il n’y a pas d’hôpitaux sur les routes si empruntées et désertes ? ha ben la réponse est dans la question. P’tin les morsures ça rend si con.
Je me sens partir.
Dans les films, il fait nuit il fait froid. Il fait pluie. Et y a cette musique en fond qui nous dit que c'est le moment de pleurer. Les personnages s'enlacent, se promettent de ne jamais s'oublier, de se rendre hommage, de faire perdurer les destins... et tant de niaiseries.
Et pourtant, en vrai, je suis presque sûre que quelqu'un est déjà mort sur du Patrick Sébastien. Qu'il a dû faire des adieux rapides en faisant tourner les serviettes et en pissant le sang. Hé hé, j’suis si drôle. J’suis sûr aussi que quelqu'un s'est déjà séparé d'avec son compagnon de vie sur du maître Gims, sans le voir venir. Que ce jour-là il faisait tant de soleil que les larmes avaient au moins cette excuse. Cette lumière. Mais que c'était poétiquement plat.
Je suis persuadé qu'un jour, quelque part, une personne s'est fait renverser en écoutant les Bratisla boys sur une route de plage, et que son âme a pleuré en voyant la scène de haut. Tu m'étonnes.
Je divague. Et j'espère que c'est arrivé, en même temps. Parce que crever ici tout seul en plein cagnard sur la route, écrasé contre un arbre en écoutant du Théo ChipoMerguez jusque parce que j’ai voulu rejoindre l’hôpital le plus proche à cause d’un serpent, flemme de me la raconter là-haut, ou en bas, ou nulle part. Est-ce que ça va faire mal. Est-ce qu’il va faire noir ?
J’vous dirais bien que je reviendrai pour vous le dire mais entre nous, j’ai même pas envie de vous faire cet honneur. Débrouillez-vous. Parce que maintenant je sais. Je sais surtout que le serpent qui m’a mordu n’était pas venimeux. Ouais, quand on est con…
Quelle fin de merde. Mais putain, quelle fin de merde.