Bonjour !
auteur : Driller_killer
dernière modification le 2023-03-06 17:36:27
* trigger warning = message d'avertissement
(Texte écrit le 06/03/2023)
Et voilà. C’est reparti. Cette fois je sais qu’il n’y aura pas d’issue. C’est inévitable. C’est eux, ou moi.
Ils sont là. À l'affût. Prêts à foncer et à défoncer, à entrer de force et ne plus jamais repartir. Du moins, pas tant qu’ils n’auront pas obtenu ce qu’ils veulent. Ils sont ici, je le sens. Les chiens le sentent dans le bloc. Tous aboient. Les pas retentissent sans discrétion. Et ça monte. Et ça monte.
Plus que quelques minutes avant qu’ils n’arrivent. Je retiens ma respiration en regardant à travers le judas. Les lumières des étages en dessous sont encore éteintes. J’ai du temps devant moi. Pour prier. Me préparer. Allez courage bonhomme, me dis-je. T’es pas une chochotte bordel. T’as quand même 45 ans, tu sais lacer tes chaussures tout seul compter jusqu’à dix, tout cassos que t’es dans ta tour HLM en plein après-midi à ne rien foutre de tes journées, à toucher ton rsa tous les mois contre une signature chez Poulemploi.
Je me repasse le film de ma vie, histoire d’en finir avec le sourire. Enfance banale, vie banale, mariage banal, divorce banal, travail banal. Tout fut banal. Cette fin aura au moins ce mérite de sortir de l’ordinaire. Peut-être. Là, j’avoue que je n’ai plus le sourire en fait.
Les chiens aboient encore plus. Ils approchent.
Inspire. Expire. Inspire. Expire. Je suis à deux doigts… de tomber en syncope.
Je regarde à nouveau l’extérieur par le minuscule œil sur la porte. Mes pantoufles frottent à peine le sol carrelé. Je n’ose respirer par la bouche. Je n’ose respirer tout court.
Une lumière. Un aboiement. Ils sont presque là.
Le halo de l’ampoule de mon palier m’aveugle soudainement. Et, telle Sissi après avoir envoyé chier Franz, je décide de faire face à mon destin. J’ouvre la porte soudainement.
— Bonjour ! disent les deux inconnus sur le palier.
Je manque de refermer aussi soudainement la porte mais je n’en fais rien. J’essaie de façonner sur mon visage apeuré un sourire agréable, un sourire qui veut dire que je ne sais rien de ce qu’ils veulent.
— Bonjour…
J’ai répondu ça sans entrain, résigné, et j’ai invité la personne à entrer. Son “collègue” attend derrière. Je lui fais signe d’entrer aussi. Quitte à en finir, autant faire ça ensemble. Sans autres témoins. Sans autres victimes.
Ils entrent, tout sourire, leur sac contenant leurs armes bien serrés contre eux. Je respire profondément et les invite à se rendre au salon, là où on sera plus à l’aise.
— J’ai apporté le dessert ! dis-je d’un ton que je veux amusant, histoire de briser la glace en sentant le malaise gagner tout le monde.
Habituellement ils sont bavards, à tel point que je ne peux en placer une.
Je vais dans la cuisine et j’apporte les yaourts. Ils font un signe de la main pour dire non et commencent à ouvrir leur sac.
Je sais ce que ça veut dire. La sueur coule tout le long de mes tempes, de mon dos et même de mon cul. Je n’en mène pas large.
— Vous êtes bien le locataire de cet appartement ? dit la femme en prenant des notes et en vérifiant des données sur un papier tout en gardant une main dans son sac.
— Je crois ouais.
— Vous savez pourquoi on est là ?
— Je crois ouais.
Ils se regardent tous les deux, contents. Moi, je ne le suis plus. Et quand j’suis pas content, je vomis. Je cours aux toilettes tandis qu’ils se lèvent soudainement pour se lancer à ma poursuite. J’ai encore du temps devant moi. Vite, je fais ce que j’ai à faire et je me rince la bouche. Je respire à fond et je retourne au salon où ils m’attendent finalement. Ils ont dû revenir quelques secondes avant, sûrement rassurés que je n’aie pas pris la fuite. Ils ont sorti tout leur attirail sur la table basse.
Bien. Bien bien. Je suis au bout. Ça y est.
— Monsieur, pouvons…
Je la laisse pas finir sa phrase. Je saute dessus, sans réfléchir. Son collègue me saute dessus. J’en n’ai rien à foutre. J’étrangle la donzelle, qui se débat de moins en moins. Mes mains brisent son os hyoïde. Elle se ramollit sur mon canapé. L’autre se relève, essoufflé, choqué, les mains en l’air. Il a rien pu faire. Cheh.
— Me faites pas d’mal m’sieur ! qu’il pleure en regardant sa collègue qui a des taches rouges dans les yeux, et la langue gonflée.
Je lui fais pas de mal, étant moi-même sur le choc, finalement. Il profite des secondes où je plane devant le cadavre de la femme pour s’enfuir en hurlant “C’est un malade ! C’est un malade !” à travers tout le bloc, tout le long de sa course effrénée jusqu’en bas. Je me demande comment il a fait pour pas s’casser la gueule tiens.
Quelques minutes plus tard, la sirène de la police hurle dans tout le quartier. Je sens la fin arriver. Pas banale, cette fin hein ?
Ils ne tardent pas à faire irruption sans sommation dans l’appartement, à me menotter. Et, une fois les constatations faites sur la scène de crime, ils me demandent :
— Pourquoi ?
Que voulez-vous que je réponde.
Je demande juste une chose en montrant les papiers sur la table et les mallettes restées là, laissant sortir d’elles des stylos et des tas de dossiers :
— C’était pourquoi cette fois ?
Le flic regarde les papiers. Il hausse un sourcil.
— La fibre et la 5G m’sieur. C’est con. Ça valait l’coup à ce prix. Sans mauvais jeu de mots.
— Ouais…
J’ai plus jamais été emmerdé après. Dans ma cellule, pas de sonnerie. Enfin.
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Dédicace à tous les démarcheurs qui nous les brisent chaque jour et qui se permettent d’avoir des préjugés parce qu’on vit en bloc. Merci à vous pour l’inspiration !