Horror Stories

Bloc D - Naissance et réalité

auteur : Driller_killer

publiée le 2021-10-08 16:43:58

GAZETTE


Il est là, tout beau, tout chaud, tout neuf, mon recueil. Mon petit Bloc D.
Il protège l'histoire de 7 locataires d'un petit immeuble sombre. 7 locataires qui vivent 7 malheurs, chacun à leur façon.

Pourquoi. Pour qui ?

L'idée est venue un soir où, comme de coutume, mes voisins firent trop de bruit, nous empestèrent avec leur oinj dont la fumée s'infiltrait sous notre porte d'entrée pour venir tranquillou dans la chambre de mes mômes.
C'était le soir de trop. C'était il y a un an et ça s'est jamais arrêté. D'ailleurs ça a toujours été comme ça.

J'ai donc, dans ma grande folie noire, élaboré quelques histoires rapides pour les mettre en scène. C'était vraiment une idée en passant. Puis ça a pris de l'ampleur.
De mon vécu de locataire de HLM, de mes souvenirs de locataires miséreux... est né Bloc D

"Je l’ai lu 2 fois, je ne m’en lasse pas ! J’admire l’écriture de l’auteure. Ce recueil est vraiment excellent : il fait peur, il fait rire et pleurer. A sa lecture, on se remet aussi en question, je vois les personnes autrement maintenant… Bref, il est excellent !" ça, c'est le commentaire en mail de ma correctrice bénévole...

Donc, mon livre est un livre qui se veut revanchard au premier abord, l'idée était celle-ci en tout cas. Mais au fond, il dénonce une réalité que tout le monde ne comprend pas. La vie précaire. La santé précaire, qu'elle soit physique ou mentale. Ce n'est pas une légende, ce n'est pas exagéré et même si heureusement, ce n'est pas généralisé, c'est une réalité que peu veulent croire ou voir.

J'dois faire partie des malchanceux, c'est pas possible autrement, mais dans chaque endroit où j'ai vécu, j'ai vu, j'ai entendu des choses détestables, des choses méprisables, des choses haïssables même. J'ai vu la misère de près. J'ai vu des humains se transformer en monstre. Des humains devenir fantômes vivants. Des gens seuls, des familles morcelées...

Bloc D, c'est avant tout un livre de fiction, je le rappelle. Un livre d'horreur. Un livre exutoire aussi. Contre ces jeunes du 14, ces jeunes du 20, des adultes du quartier, ces fêtards de la semaine et du week-end... ces gens qui m'emmerdent sévère.

Mais c'est aussi un livre d'hommage.

Pour Michel, pour ces enfants dont je n'ai jamais connu le nom, pour Maurice, pour Karim, pour ce vieux monsieur qui a peur de me parler devant sa femme, pour Sabrina, Johnny, Chupchup (ouais on l'a surnommé comme ça à cause de ses bruits quand il s'écrie, il est adorable), pour tant et tant d'autres...

L'horreur dans mon bouquin revêt bien des aspects. Elle est portée à son comble. Elle dégoute. Je l'espère du moins. J'aurais pu ne pas m'inspirer de mes fantômes. J'aurais pu, j'aurais peut-être dû ne pas les utiliser... que sais-je.

Mais quel est le meilleur moyen pour que l'on fasse attention au p'tit vieux qui vit à côté de chez soi ? Quel est le meilleur moyen pour que l'on n'écoute pas les ragots et ne condamne pas sans savoir cette petite dame du troisième ? Ce p'tit couple ?
Si ce n'est celui de choquer.

Bloc D est une fiction qui se veut fiction.
Mais si, grâce à lui, quelqu'un, quelque part, voyait son entourage différemment... j'en serais heureuse.

Hanteront les p'tits voisins

Maintenant, je vais vous parler de mes inspirations. Mes fantômes. Ceux pour qui je n'ai rien fait ou pas assez.

On va rencontrer Michel.
Michel, c'est un petit vieux, rabougri, puant, bruyant. Il est mon voisin de palier à l'époque. Il gueulait toute la nuit son prénom et écoutait "grand Lille Tv" à tout casser. Je l'aimais pas du tout. Un jour, il s'est fait agresser devant sa porte, donc devant la mienne. Les jeunes l'accusaient d'attouchement et voulaient entrer chez lui. Incohérence donc. J'ai réussi à séparer le p'tit monde. Puis je suis entrée chez moi, je ne comprenais rien de ce que me disait ce Michel. J'arrivais pas à me retirer leurs accusations de la tête, je regardais Michel différemment.
Plus tard, on toque à ma porte. C'était un aide-soignant ou je ne sais quoi qui me demandait si j'avais des pâtes pour Michel, qu'il n'avait rien chez lui. Et que ça devait faire longtemps qu'il n'avait rien mangé. J'ai appris, en cuisinant pour ce monsieur, qu'il s'était fait voler par les voisins qui étaient venus l'agresser. J'lui ai ramené ses pâtes et j'ai découvert son appartement. Immonde, écœurant, sale... et triste.
Putain de triste. J'ai essayé de lui parler, à Michel, il me regardait juste. Il a mangé. J'lui disais bonjour tous les jours, même s'il grognait en réponse.
Puis j'ai déménagé. J'suis revenue dans l'coin une fois, j'ai vu qu'il était parti. Je ne sais pas s'il est mort, ou en pension...

Karim et Johnny, deux autres locataires du même bloc, avec Michel. Des handicapés mentaux, pas assez pour être pris en charge, trop pour être respectés par nos voisins. Ils profitaient d'eux dès qu'ils touchaient leurs allocations. Ils ramenaient des potes. Ils buvaient et tout chez ces messieurs qui ne savaient pas dire non, que je retrouvais errant dans les escaliers, sans le sou. Qui me racontaient tout et pour qui je ne savais pas quoi faire.
J'ai appelé la police le soir où Karim s'est fait agresser. Ils sont venus. Ont dit que JE les avais appelé. Puis sont repartis sans rien faire de plus. Dispute entre amis, qu'ils disaient, circulez, y a rien à voir.
Dans la nuit, les "amis" de Karim et Johnny sont venus défoncer ma porte. Ont menacé de me brûler mon fils et moi. Nous dormions seuls ces temps là. Sympa hein.
Nous ne sommes restés que 6 mois dans cet immeuble.

Puis après, y a eu le bloc de Lomme, un autre que celui dans lequel je vis. Proprio vicieux qui entrait chez nous. Je le sais, j'étais là un jour où il écoutait à la porte, je l'ai pris en flag, puis un autre où il essayait d'entrer sa clé dans ma serrure... Y vivait Sabrina, jeune et fraîche jeune femme qui le recevait pour payer son loyer, trop entrainée par ses amis qui profitaient d'elle... Tellement loin, déconnectée, qu'un jour de panne d'eau, elle s'en est pas rendue compte jusqu'à ce que je vienne toquer chez elle... J'ai pris une claque sur les apparences ce jour. J'aurais jamais cru que cette fille, si propre sur elle, si belle et souriante, que je qualifiais de pétasse avant, puisse être aussi loin dans l'trou d'la misère sociale. Nous sommes devenues amies. Je l'ai aidée dans ces papiers, démarches de santé. Elle a pu soigner son cancer qu'elle ignorait par manque d'information, trop préoccupée par sa misère financière et sociale. Nous sommes de deux mondes totalement différents, tellement... et pourtant, j'éprouve un amour profond pour cette fille. J'aurais jamais pensé ça en la voyant la première fois. Ni qu'elle vivait si mal.

Et Maurice. Dernier bloc que j'occupe actuellement. Un p'tit vieux qui râlait sur tout le monde, une poche d'urine sur la cheville. J'ai mis 6 mois à lui dire bonjour. Le jour de Noël, j'me décidais à toquer chez lui, une boîte de chocolat en main. Personne. J'me suis pas formalisée.
J'ai remarqué que ses volets étaient pas ouverts. Et quelques jours passent. Je vois sur la porte un avis de décès... Il est mort seul chez lui, dans la maladie... et est resté plusieurs jours... seul.
J'ai jamais mangé les chocolats... Sont toujours dans le tiroir.

Ce p'tit garçon aussi dont j'ai jamais su le nom, perché sur le rebord de sa fenêtre au troisième étage, cherchant sa maman partie laissant seul ce petit et sa sœur. J'étais à une rue de lui à ma fenêtre. J'ai essayé, sans l'effrayer, de le faire rentrer chez lui. La peur de ma vie... il comprenait rien, 3 ans, 4 ans, tout au plus. Bien sûr, on a dénoncé ces faits. Je sais aujourd'hui qu'ils étaient maltraités et sont suivis maintenant.

J'ai tellement d'histoires à raconter sur ce qu'on a vu... Tellement... J'pourrais faire un livre entier. Il ferait pleurer dans les chaumières, j'pourrais m'faire du fric sur le dos de ces misérables boules de néant invisibles... J'pourrais. Mais j'ai d'l'amour pour elles. Ces choses, ces riens, ces gueux méritent la visibilité, pas la pitié.

Vous voyez ce que je veux dire maintenant.
Vous voyez aussi combien les gens peuvent être dégueulasses. Je l'ai été. J'ai jugé. J'ai pas agi...
Depuis, je n'écoute plus les on-dit, je ne crois que ce que je vois. J'essaye de faire le bien le plus possible, parce que Michel et Maurice me hantent encore et me hanteront toujours.

Je suis devenue hypersensible. Beaucoup trop, ça s'voit pas sur le net. J'peux plus voir ça. J'peux plus voir la misère, la sentir, l'écouter. J'en ai marre, à un point, vous imaginez même pas... Et pourtant, quand on me sourit dehors, je souris et j'écoute. Je ne peux plus fermer les yeux. Pas après avoir vu tout ça.
Enfin... voilà l'histoire des fantômes du Bloc D, dans leur réalité brute, moche et terne...
Et ces gens là, y en a , y en aura toujours, c'est ce qui me rend le plus triste je crois...

ET LE LIVRE DANS TOUT CA ?

J'vous l'ai dit, c'est de la fiction. Je me suis inspirée de faits réels, mais tout est déformé, exagéré, fantasmé.
J'ai voulu, contrairement à mon précédent recueil, aller plus loin. J'ai voulu assumer mon côté noir et dégueulasse. Parce que, faut avouer, on l'a tous.
J'ai voulu pousser mes limites, et j'ai abordé des thèmes qui me tiennent à cœur.
La folie, encore. Mais aussi la violence sexuelle. Le deuil de l'enfant. La solitude. La maltraitance familiale. Et surtout, la connerie humaine...

C'est un livre dégueulasse qui expose des faits dégueulasses. C'est une malsaine pensée que j'étale au monde. Je me réjouis pas d'avoir écris tout ça, je me réjouis d'avoir réussi à le faire.
Et sans mentir, j'ai éprouvé de la satisfaction à certains moments. Pour un exutoire, ça l'était, ça oui. Certains personnages de ma fiction revêtaient le corps et le visage de personnes que je hais ici, et qui me haïssent aussi de toute façon...

Je pense avoir réussi à me surpasser. Je sais que je pourrais dorénavant aller encore plus loin, explorer plus profondément les thèmes dans lesquels je me sens à l'aise, ou que j'aimerais exposer. A vue et à sang.

C'est court. C'est vrai. Je progresse là aussi, parce que je vise le roman pour une prochaine publication. Je ne sais pas encore quand. Je ne sais pas si je le ferais. J'ai une idée depuis deux ans maintenant que j'aimerais tellement exploiter... On verra. J'avance, petit pas par petit pas, petit livre par petit livre.

Et enfin

Je souhaite vous remercier.
Pour votre lecture du présent article.
Mais aussi pour votre soutien au quotidien. Votre soutien dans mon activité.
Votre foi en moi et mes histoires.
Sans vous, je ne serais certainement pas arrivée jusque là, et pour moi c'est un cap immense.

MERCI. Du fond du cœur.
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C'était DK, pour vous asservir.

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