Horror Stories

L'ombre du Chasseur

auteur : Driller_killer

publiée le 2021-04-18 18:49:25

FORET, CHASSE, SEQUESTRATION


Elle perdit un ongle en tombant. En s'aggripant aux racines qui sortaient de la terre. Boueuses, humides et glissantes. Elle hurla, quand elle tomba, s'acharna sur les parois. Hurla encore plus en cognant le sol, la jambe brisée sous son propre corps. Et tomba dans le néant, inconscient noir et bienheureux. Pour quelques heures du moins. Rêves peuplés de liberté et de confort douillet, canapés oubliés et nourriture avariée.

Elle perdit le fil. Concentrée sur le coucher du soleil, elle ressassait. La forêt, les fleurs, le Chasseur, les rires, la bière, les gestes, les cris, la course effrénée, la peur, les coups de feu, la course encore, et la chute. C'était tout. Rien d'autre. Vide. L'histoire débutait et s'arrêtait là. Dans le trou de terre. Dans la tombe.

Elle perdit la raison en se réveillant, folle et perdue. Griffant la terre, griffant son corps, cherchant l'issue du trou, sans fin, dont seule une petite lueur se dessinait en haut, loin, très loin d'elle. Griffant la roche qui prit une teinte rougeâtre. Douloureuse, elle cria, et pleura. Puis plus rien. Seul l'écho de la forêt se fit entendre, entre bruissements de feuillage et croassements ténébreux.

Elle perdit l'équilibre en tentant de se mettre dans une position plus confortable. Oubliée, la jambe brisée, oubliée, la douleur. Ni larmes, ni cris cette fois. Cela faisait bien des heures qu'elle était là, dans ce trou perdu avec pour seule compagnie les vers, les cloportes et les insectes voletant autour de sa tête sale et boueuse. Assise contre la paroi rugueuse, elle attendit, ne prêtant pas attention aux pulsations de sang qui bouillonait dans tout son corps. Pulsations de vie.

Elle perdit connaissance après deux jours à attendre sous la pluie battante, la faim dans le ventre et le coeur au bord des lèvres. La douleur de sa jambe devenue noire, et celle de la peur lui broyant le cerveau et les intestins furent vite intolérables. Finie la dolente inertie. Fini la conscience des choses, de la fin inéluctable et de la peur.
Du noir, du bruit, de la souffrance. C'est tout ce qui lui restait.

Elle perdit sa jambe. De noir, elle en devint vite putréfiée, nécrosée. La fièvre arriva, emmenant la femme dans des songes malheureux, comme venus de l'enfer même. Démons, rires aigus, esprits noirs et corps flottants. Elle n'avait plus mal, son corps mourrait en silence. Mourrait dans le noir et sous la pluie glacée. L'infection gagnait chaque parcelle de son corps brisé, s'inflitrant dans ses veines, dans son coeur pompant la mort.

Elle perdit la vie après cinq jours. Le dernier, sa conscience était tellement loin qu'elle entendit à peine la voie du Chasseur. Une voix bourrue. Mademoiselle ! criait-il. Mademoiselle, eh hooo ! hurlait-il. Mais mademoiselle ne voulait pas ouvrir les yeux. Elle était bien, finalement, dans ses songes vides.

Il perdit sa proie. Depuis le début, le Chasseur, là-haut, perché au bord du trou, observait la biche en jupe chaque jour. La biche morcelée. Tordue. Attendant le bon moment pour descendre, la baiser, la bouffer et la brûler. Plus de signe de vie dans le trou à biches. Il avait attendu trop longtemps. Il partit, frustré, coléreux, marmonnant dans sa moustache drue, puante.

Il perdit la vie. Stoppé net dans son élan par des sangliers, arrivés de nulle part. Incompréhensible. Ecrasé, laminé par des pattes furieuses, il perdit ses intestins, dont l'odeur se répandit dans l'air de la forêt. Il perdit son ultime partie de chasse. La dernière chose qu'il vit fut la demoiselle flottant autour de lui, sa jambe aussi noire que dans la réalité. Le sourire béat, les yeux rieurs, elle tournoyait autour de lui, riant. Il ferma les yeux. Elle les lui creva avec son doigt sans ongle. Il tenta de crier, mais l'effort poussa encore plus ses organes noirs et infectés de mille maladies à l'extérieur de son corps mort. Un dernier souffle souffreteux sortit, accompagné de bulles sanglantes, d'une bouche où les dents pourries s'entrechoquaient. Le dernier râle de vie fut répercuté par les animaux, par les feuillages, par les branches, par le soleil levant. Un souffle géant. Un écho spectral.

Elle partit. Peut-être avait-elle perdu la vie. Peut-être avait-elle gagné. Qu'en savait-elle ? Elle n'était plus qu'une ombre de plus dans la forêt. La dernière ombre du Chasseur.