Horror Stories

Contrôle


“Respire... Ne fais pas attention à ses paroles creuses. Regarde, elle n’est rien. Tout ce qu'elle dit, c'est de la merde. Elle n’en vaut pas la peine.”


Devant moi, les yeux hagards, la femme semble immobile. Une morte-vivante dans une pièce morose. Elle me fixe, ne dit rien. Tout juste bouge-t-elle quand j’ébauche un mouvement vers elle. Se prépare-t-elle ? A quoi ? Tout ce que je sais, c’est que j’ai hâte d’en finir. J’en ai assez enduré pour elle. J’aurais jamais dû m’impliquer autant putain !


“Contrôle... Desserre les poings, respire un grand coup. Une… deux… trois…”


Toujours rien. Rien qui sort de sa bouche, rien qui sort de son corps. Pas même un tremblement devant mon expression enragée. Du silence. De l’attente. Elle doit savoir que je la hais. Plus que n’importe qui d’autre. Plus que moi-même. Et pourtant, j’ai des raisons de me détester ! Je me suis laissée embarquer dans cette histoire avec elle, et je le payais le prix fort aujourd’hui. Isolée. Plus bas que terre. Plus rien qui ne me rattache au monde. Je lui avais tout donné. Et elle m’a entraînée là-dedans. Dans cet enfer.


“Respire. Non, ne lève pas le poing. Tu vaux mieux que ça. Ferme les yeux, pense à quelque chose d'agréable.”


Ben désolée chère conscience. Sont partis tous seuls. Les coups. Mes poings atterrissent sur la tronche de la gonzesse amollie. Le contact, avec toute la puissance que j'y ai mis, est douloureux. Mes phalanges se brisent, mais j’m’en bats la chatte. Elle réagit même pas.


“Non ! Stop ! Tout ça ne servira pas à grand-chose.”


Ha bon ? Pourtant ce son... Le bruit de la force contre ses joues de porcelaine, le sang qui coule en filet sur mes doigts. La tête choquée et douloureuse qu'elle fait, ça vaut le détour hein ? Ses larmes, sa douleur… Je ressens une excitation dingue.


Non… J’peux pas. Je dois arrêter ça tout de suite. Faut que j’m’en aille, loin avant de la tuer. Je cours dans la pièce grise mais je me heurte à la porte. Elle m’a enfermée la salope ! Je hurle. Et elle… Elle réagit enfin ! Elle pleure ? Non, elle hurle aussi. Je vois flou tout à coup. Tout semble être alourdi, assourdi… J’ai du mal à la voir... Où est-elle bon sang ?!


“Dis lui combien tu as mis ton âme de côté pour elle. Dis lui le mal qu'elle a causé partout sur son sillage. Dis lui combien ta vie a été anéantie. Dis lui qu'elle est la fille du diable même. Et arrête de claquer sa tête dans le mur... Comment veux-tu qu'elle continue de parler ? De distiller son venin ? Respire.”


Ta gueule sérieux. Le sang... La douleur. Sa présence constante. J’espère qu’elle a aussi mal que moi en cet instant, ça sert pas à grand-chose mais putain que c'est bon. Après tout, c'est elle qui est venue demander ça.


“Demande lui pourquoi elle est revenue.”


Lui parler ? Non ! Je frappe encore. Poings, pieds, tête… Je ne lui épargne aucun endroit de son corps aussi menu. C’est de plus en plus douloureux, mais le son des brisures d’os est une mélodie si apaisante. Les gémissements de douleur entrent dans mon crâne et descendent étaler leur baume sur mon cœur brisé.


Fallait pas me laisser tomber, salope.


Voilà. Ce n’est plus qu’un amas de chair qui ferme sa gueule. Tant de souffrance, concentrée en un corps dégueulasse, là par terre.


“Respire. Écoute, quelqu’un vient !”


Putain... T'as raison, quelqu'un entre.


Une femme, que je distingue à peine dans le brouillard de ma rage, entre et hurle en voyant ce que j’ai accompli.


“Mais, qu’avez-vous fait ?!”


Elle me regarde, puis tourne son visage vers le miroir brisé et ensanglanté en face de moi. Je ne vois plus que ça avant de sombrer dans le noir.