Horror Stories

La rue des Lilas

auteur : Driller_killer

publiée le 2021-08-30 12:29:43

MORT, VILLE, GAZ


La rue des Lilas n'était pas exactement ce qu'on imaginait en entendant son joli nom poétique. Point de Lilas, point même de marguerites. Tout juste quelques couleurs que l'on devait aux tags déployés ici et là sur les immeubles grisâtres et les bancs publics détruits. Quand on arrivait dans la rue des Lilas, une pointe de tristesse tombait telle une chape de plomb sur nos épaules, et seule l'idée que nous étions de passage nous faisait supporter de marcher sur le bitume brûlant en cette canicule exceptionnelle.

Lisette était de ce genre. Elle ne venait ici que parce que le devoir l'exigeait : elle était assistante de vie pour les personnes isolées et dépendantes. Cette rue lui était tout autant insupportable que l'immeuble terne dans lequel elle devait se rendre afin de s'occuper des indigents stockés là. Une heure dans deux appartements différents et sa journée était gâchée. Par la tristesse des lieux, par la tristesse des gens et par la tristesse tout court. C'est une vie qu'elle n'avait pas choisie, elle était là par la force des choses, non par ambition. Et au delà cette rue infiniment triste, la mort lente de ses "clients" l'atteignait plus encore. Des gens livrés à eux-mêmes, que personne ne venait voir, dont personne ne se souciait à part la municipalité -et encore- et surtout, condamnés à mourir dans un bâtiment aussi vieux que la terre, aussi délabré qu'après une guerre mondiale, vide, sale et misérable.

Madame Folding était sa dernière prestataire et Lisette était pressée d'en finir. Le problème, c'est qu'une fois devant l'immeuble de la vieille dame, une drôle de sensation l'envahit. Une lourdeur dans le ventre suivie d'un vide glacial. Comme la veille et l'avant-veille. Le nez froncé à cause de l'odeur putride, elle sonna au numéro 12.
Aucune réponse.
Elle sonna alors au numéro 13.
Aucune réponse.
Numéro 14.
Aucune réponse.
Prise d'une peur irraisonnée, elle tenta de forcer la porte. Rien à faire. Elle n'y parvenait pas. Seuls régnaient ici l'odeur putride et le silence, le gris et la chaleur. La rue des Lilas dans toute sa plendeur.

Lisette voulut appeler sa supérieure pour lui demander d'alerter les autorités mais pas de réseau. Elle essaya de ne pas pleurer à cause du stress, en proie à une angoisse sourde et profonde. Elle regarda l'immeuble, de haut en bas et se signa. Tout paraissait embrumé, encore plus gris que le brouillard matinal, comme fantomatique. C'est alors qu'un moteur coupa les pensées de Lisette. Soulagée, elle se retourna pour voir une voiture de police s'arrêter devant l'immeuble.

Les trois hommes, en sortant de leur véhicule, froncèrent du nez aussi. L'odeur était prenante, acide... Ils se dirigèrent rapidement vers l'entrée du bâtiment, fébriles. Ils ne firent même pas attention à Lisette qui était pourtant dans un état de panique avancé, les yeux hagards et les mains sur la poitrine.

Ils parvinrent sans mal à ouvrir la porte, laissant Lisette seule devant le bloc. Elle n'eut pas à attendre longtemps. Les policiers ressortirent en courant pour vomir leur tripes.

— Mais... Qu'est-ce que... dit-elle aux hommes qui essuyaient leur bouche avec leurs manches d'uniforme.

— C'est pas possible... Tous morts ! répondit l'un des autres agents en vomissant à nouveau. Depuis des jours au moins !

— Mais... C'est impossible ! Je suis venue hier !

L'agent la regarda puis vomit à nouveau. Il se tourna vers son collègue qui lui demanda ce qu'il se passait.

— Rien chef... J'ai cru voir quelqu'un... Mais c'était mon imagination...

Lisette, livide, le regarda, se planta devant lui mais il ne réagissait pas. Le chef parlait dans son talkie-walkie.

— Oui... rue des Lilas... Tous les habitants du bloc, fuite de gaz... Ouais, l'employée de la mairie avait raison, y a quelqu'un dans l'entrée qui correspond à son signalement ouais... Morte évidemment. Vu l'odeur ça fait un bail bordel !