Horror Stories

Petit John


Madame Hector était soulagée. Le docteur Savapa pouvait enfin les recevoir, elle et son fils. Elle avait mis un an à avoir un créneau dans le cabinet de ce psychiatre dont la renommée n’était plus à faire. Jonh, son rejeton, attendait patiemment sur sa chaise, sans bouger, sans ciller, comme de coutume, fixant les autres patients et accompagnateurs d’un regard morne et absent. C’est même une des raisons pour lesquelles elle consultait, entre autres.


— Vous dites qu’il est comme ça depuis quand ? demanda le docteur à Maman, une fois qu’elle lui eut expliqué la raison de sa venue et de son inquiétude.

— Depuis un an docteur ! C’est bien ça le pire !

— Y a t’il eu un évènement déclencheur ? Un accident ? Un décès ? Une petite sœur ou un frère ?

— Rien de tout cela docteur ! Je vis seule avec lui vous savez, et on ne voit personne.

— Mis à part cette absence apparente, d’autres choses dont vous aimeriez me parler ?

— Et bien… Je ne sais pas trop si c’est important, mais à chaque fois que je me lève la nuit pour voir s’il dort, il me fixe, encore et encore ! J’ai l’impression qu’il ne dort jamais, et il est si pâle…


Le docteur prenait des notes sans détourner les yeux de madame Hector et son fils qui, depuis son entrée dans le cabinet, n’avait effectivement pas bougé, posé sur le siège par sa mère.

— Madame Hector, est-ce que John mange bien ?

— Mes Aïeux ! Non ! Il ne mange rien, je ne sais pas comment il tient debout ! Chaque assiette que je pose reste pleine, et pourtant, regardez, il est en pleine forme !

— Je vois ça en effet. Avez-vous consulté d’autres médecins ?

— Non, j’avais peur qu’ils ne m’enlèvent mon petit John… Je sais bien qu’il n’est pas tout à fait normal… Vous savez, parfois il me fait peur ! Et il fait peur aux autres enfants dans la rue, je le vois bien.


Hochant la tête, le docteur Savapa réfléchissait. Il se trouvait devant un cas rarissime et ne savait pas comment aborder la suite. Un traitement ? Un internement ? Un signalement ? Jamais de sa longue carrière il n’avait eu ce genre d'affaires. Sans précédent, voilà ce qu’il cherchait comme expression.

— Docteur, est-ce que John va aller mieux un jour ?

L’homme se gratta la tête, embarrassé. Il décida de jouer le tout pour le tout.

— Bien sûr madame Hector, je suis persuadé qu’après un temps d’hospitalisation, tout rentrera dans l’ordre. Avec un bon traitement, une bonne thérapie, tout ceci sera du passé !


— Hospitalisation ? Non ! Non non ! Pas mon fils, il est si jeune !

— Je n’ai jamais dit que c’était pour votre fils madame Hector. Je parle de vous !

— Comment ça ? De moi ? Vous insinuez que je suis la cause de son état ?

— Son état est tout à fait normal madame Hector, en revanche, vous, vous avez besoin d’aide. Consulter un psychiatre pour sa marionnette est tout de même signe d’une grande souffrance émotionnelle, vous ne trouvez pas ?