Horror Stories

La balade irlandaise


Evidemment, il fallait qu’il pleuve. Il ne pouvait certainement pas en être autrement dans ces fichues landes boueuses et vertes à la fois. Comment c’était possible d’ailleurs ? Axel regardait le paysage, paumé, fâché et mouillé. Quelle connerie que ce voyage.

ça me fera des vacances” s’était-il dit en réservant son billet pour l’Irlande sur un coup de tête. Mes fesses !


Errer pendant deux heures sur des collines isolées, sans autre compagnie que le son de la pluie et l’odeur des embruns qui remontaient avec le vent du sud, c’était joli, les cinq premières minutes. Là clairement, il n’en pouvait plus, voulait rentrer, mais ne savait plus par où passer. Il était perdu. Ouais.

Que des buttes à perte de vue, des tourbières et de l'herbe…

“All for me groooog” chantonnait-il pour se réchauffer un peu en pensant au bon Irish Coffee qu'il commanderait à son retour. Le ciel s'obscurcissait encore plus, crachant maintenant des torrents de larmes dans la grisaille typique du pays.


L’après-midi défilait et lui s'éloignait de la vallée, parvenant presque vers les côtes. Des fleurs violettes et des trèfles se moquaient de lui en dansant avec le vent. Axel gelait sur place en regardant l'horizon, ne savant pas s'il devait prendre à droite ou à gauche.

“Fichu pays !” tonna-t-il. “All for me groooog”... Même plus le cœur à chanter. Il s’assit à même la terre et se prit le visage dans les mains. Il ignorait totalement pourquoi il se mettait dans des états pareils. L’isolement ? La nostalgie devant cette pleine et puissante nature ? La pluie ? Le Leprechaun qui le regardait depuis tout à l’heure ?


Le Leprechaun ? Axel se releva aussi vite qu’il s’était assis.

— Hello ! V’là t’y pas notre bon vieux Axouuuuu ? hurla la petite créature au grand chapeau à trèfle en cabriolant dans tous les sens.

Axel ne répondit pas, trop sur le cul pour réagir. Il se contenta de fixer bêtement la petite chose qui ne lui arrivait qu’aux genoux.

— Ben quoi ? T’as jamais vu de toute petite personne, malpoli ?


Le Leprechaun continua ses pirouettes, donnant le tourni à notre homme perdu.

— Terre brûlée au vent, des landes de pierres, autour des laaacs, c'est pour les vivaaaaants, un peu d'enfer, le Connemaraaaaaa, chanta-t-il. Allez, avec moi !

— Pas envie…

Le Leprechaun s’arrêta de bouger, sur le cul à son tour.

— Comment ça ? Pas envie d’chanter du Michael Sardine avec moi ? Mais !

Axel souffla d’agacement, cette petite chose commençait déjà à l’insupporter.


— Ecoute moi l’nain barbu, t’empestes le tabac, t’es là à danser guilleret, j’en n’ai rien à carrer, j’veux juste rentrer chez moi ou m’affaler l’cul sur un tabouret au Brazen Head.

— Attrape-moi, et tu pourras faire ce vœu mec ! T’auras tous les pubs que tu veux !

Axel ne comptait pas rentrer dans le jeu de cette stupide légende et se contenta de tourner le dos au p’tit bonhomme. Ce qu’il ne manqua pas de regretter.


— Wesh gros, tu m’as pris pour un vulgaire nain d’jardin ? hurla d’une voix stridente le Leprechaun qui avait un visage beaucoup moins avenant tout à coup.

Le chapeau vert du lutin fondit sur son visage, le faisant disparaître comme de l’acide à son tour. Ne restait plus qu’un peu de chair sanguinolente sur un squelette cabossé.

— Et là, c’est-y pas plus beau ? Tu m’crois maintenant ? Allez, on joue à chat !

Sur ces paroles, le Leprechaun tourna sur lui-même et disparut d’un coup, dans une jolie fumée verdâtre. Axel regarda partout autour de lui, encore nauséeux de la vision qu’il venait d’avoir. Aucune trace de la créature nulle part.


Il décida de rentrer, peu importe le chemin et le temps, il en avait sa claque de cet endroit sordide et du connard de jardin. Sûr de lui, déterminé, il ne prit pas garde à la terre sous ses pieds qui bougeait, doucement, légèrement. Chaque pas que faisait l’homme faisait tanguer le sol. De plus en plus. Jusqu’à ce qu’il le sente enfin. Il venait d’arriver au bord de la falaise, juste en dessous se trouvait la mer d’Irlande.

Le sol gronda, comme un orage venu des entrailles du monde et se fissura. Une longue crevasse noire s’ouvrit, s’arrêtant tout juste devant Axel. Et enfin, la fissure prit la parole.


— Alors mon beau, toujours pas trouvé ?

La terre ricana tandis qu’Axel se tenait la tête entre les mains, ahuri et apeuré.

— Alive, alive-O, aliiiiive-O ! chantait maintenant la terre, faisant encore plus s'agrandir la crevasse, crachant des mottes boueuses sur l'homme figé.

Axel tenta de garder l’équilibre, ce qui se révélait être un exercice des plus difficiles alors que la terre s’effritait sous ses pieds et alors que des cornemuses invisibles faisaient retentir leur son essoufflé partout dans l’air.


S’effritait et s’effritait tellement, la falaise, qu’au bout du compte Axel tomba sans même pouvoir se tenir à son bord. Et il mourut. Aussi simplement que ça sous les rires aigus de la petite créature devenue Terre, fabricante de falaises depuis des générations, creusant les reliefs du pays qui attiraient autant de visiteurs irrespectueux chaque année. De quoi faire de véritables balades irlandaises, au son du vent caressant les côtes et au chant de la vallée embaumant la mer, si tant est que vous jouiez avec le Leprechaun au lieu de vous foutre de sa gueule.


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Cette histoire est dédicacée et écrite pour Axel N22

Le thème a été choisi par ses soins.

Ce qu'il subit dans l'histoire n'engage que moi et mon imagination.

Aucun être humain n'a été blessé durant l'écriture.

Aucun Axel n'a vécu vériblement les faits énoncés ici. (enfin, j'espère.)


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Des bisous noirs.