Horror Stories

The golden age of grotesque

auteur : Driller_killer

publiée le 2021-03-06 09:37:30

MUSIQUE, TUEUR, TRAVAIL


La petite famille Denversson, le soir où elle fut presque décimée, était tranquillement chez elle. Les deux enfants, ou plutôt adolescents, étaient à l'étage, dans leur chambre. Les parents eux, étaient dans le salon. Et le chien lui, était dehors. Une famille banale avec une vie banale, somme toute.

Clara, l'aînée des enfants, était vautrée sur son lit, devant son ordinateur, un casque sur la tête. Elle pianotait sur son clavier, le volume de sa musique préférée du moment “The golden age of grotesque” était poussé à son maximum. Le jeune fille avait choisi l'option repeat de son MP3, pour en profiter toute la soirée. Elle dodelinait de la tête au rythme de la chanson, ses cheveux voletant autour d’elle à la même cadence. Les pieds en l'air, le ventre sur le matelas, elle menait sa petite soirée d'ado sans problèmes, facebook, skyblog, tout y passait. Clara avait fermé la porte à moitié, comme ses parents lui avaient indiqué, de façon à l'entendre si elle avait un souci, mais aussi de façon à garder un peu d'intimité.

Son frère, Geoffrey, était aussi dans sa chambre, et lui, plus posé, se contentait de lire un livre. Il avait commencé " L'île aux trésors " quelques jours auparavant. La porte de sa chambre était à demi-ouverte aussi, et il ne voyait pas le couloir. Le garçon comptait lire encore une heure avant de dormir. C'est que le lendemain il avait un contrôle de maths. Son pyjama rayé rouge et blanc détonnait dans le décors sombre de sa chambre, au thème des planètes et de la nuit.

Les parents, eux, étaient assis dans le divan du salon, et regardaient, enlacés, un film d'horreur. Ils faisaient ça tous les soirs, une fois les enfants dans leur chambre. Une couverture sur leurs jambes, une tasse de chocolat sur la table basse, et les stores baissés, ils ne faisaient attention à rien, que dalle...

Aucun des habitants de la maison n'entendit le chien gémir au dehors. Personne n'entendit la porte d'entrée grincer doucement. Et personne ne se doutait qu'en cet instant, un homme, tout de noir vêtu, venait de se faufiler dans la maison. L'intrus avait à la main un long couteau ensanglanté. Il avait dû tuer le chien qui grognait à son arrivée. Triste besogne. L'homme détestait tuer les animaux.

L'intrus marcha doucement dans l’entrée et arriva au salon. Il se trouvait derrière le divan et resta planté là un moment, dans l'encadrement de la porte, regardant le joli couple dans le fauteuil. Il ne voyait que leurs cheveux, les jolies boucles de la femme sur les épaules carrées de son mari était un spectacle attendrissant. Il pencha la tête, et respira lentement, comme avec nostalgie. Puis, doucement, il s'avança vers le divan, restant derrière. Les deux tourtereaux n'eurent pas le temps de réagir. Tout juste poussèrent-ils un soupir de terreur au moment où la lame du couteau entama la chair de leurs gorges, successivement. Ensuite il fit le tour du divan pour se poster devant eux, et il s'accroupit.

Les yeux écarquillés de surprise et de douleur de ses victimes faisaient mal au cœur de l'homme. Il détestait ce regard. Quel triste monde. Cela le mit en colère mais il fit quand même ce qu'il faisait toujours dans ces moments : recueillir, avec les mains jointes de façon à former une coupe, le sang qui jaillissait des entailles du cou de ses victimes. Ensuite, il le but. Cela le dégoûtait, mais il n'avait pas le choix. Il devait prendre leur force, leur peur, leur âme. Cela ne pouvait se passer autrement. Saleté de boulot, pensa-t-il alors, tandis que le sang dégoulinait de son menton.

Après cet entremet, il fit le tour du rez-de-chaussée, sereinement. Quand il arriva à la cuisine, il lava son couteau, se lava les mains et le visage. Puis il aperçut une cafetière à dosettes. Alors, il se fit un café, ajouta un carré de sucre et, adossé au frigidaire, il le but doucement. C'était délicieux à côté du sang ! Tandis qu'il sirotait sa boisson, il entendit un bruit venant de l'étage, cela faisait penser aux pages d'un livre qu'on tournait. Alors il mit sa tasse dans l'évier et reprit sa triste besogne, le cœur lourd.

Il arriva devant les escaliers, et tendit l'oreille. Effectivement, quelqu'un, là-haut, était en train de lire tranquillement alors que lui était en plein tourment. Il monta lentement les escaliers, se tenant à la rampe pour faire le moins de bruit possible. Il arriva sur le palier, et deux chambres s'offraient à lui. Il jeta un œil à celle de droite, et il vit, dans la pénombre, une jeune fille balancer sa tête sous le casque qui était vissé sur elle. Elle tapait sur son clavier d'ordinateur et semblait ne s'apercevoir de rien. Il la laissa là, elle n'avait rien d'attrayant cette gamine. Il changea de chambre et regarda le jeune garçon sur son lit, qui baillait en tournant une page de son livre.

L'homme ouvrit la porte doucement avec son pied. Et le garçon sursauta quand il vit que ce n'était pas un de ses parents. Il était tétanisé, la bouche ouverte et les yeux écarquillés. Son livre était tombé mollement sur le matelas, où de l'urine se répandait sous lui. L'homme eut un rictus moqueur en voyant que Geoffrey venait de se pisser dessus. Il entra doucement dans la chambre, le doigt sur la bouche pour inciter d'avance au silence. Mais, tandis qu'il avançait, le garçon cria quand même.

— Maman ! Papa ! Clara ! Maman, maman ! hurlait-il avec frénésie.

Il pleurait en même temps. Et l'homme attendit. Il s'était assis au bout du lit, et balançait la tête au rythme des cris du garçon. Au bout d'un moment, il croisa les jambes et balança aussi le pied, agacé. Enfin, après quelques minutes interminables, le garçon finit par s'arrêter de gueuler.

L'homme lui fit subir le même traitement qu'à ses parents. Et il s'abreuva aussi de son sang. Après ça, il remit le livre en place, dans les mains du garçon dont la tête pendait à un mince filet de chair. Il était désolé de la vision qui s’offrait à lui… Triste monde, ça ouais.

Après ça, l’intrus sortit de la chambre, la refermant à moitié. Il vérifia la chambre de la jeune fille. Elle était toujours en train de danser de la tête et souriait à son écran. L'homme fut surpris, agréablement, de voir que rien ne l'avait dérangée. Elle avait de l'avenir dans le métier elle, c'était certain. Il avait presque envie de rester là, pour voir ses réactions quand elle découvrirait sa famille morte. Mais malheureusement, il devait quand même partir. D'autres maisons semblaient sans surveillance dans le quartier. Il chuchota à la fille, dans le noir " bonne nuit ", et sortit dans la nuit noire, content de son travail.