Horror Stories

Lecteur jusqu'à la mort

auteur : Driller_killer

publiée le 2021-02-28 13:57:00

MORT, HUMOUR, DEDICACE, STUPIDE


Axel Salsal est mort.

Mort comme un con en plus. C’est peut-être même la mort la plus débile qu’il m’ait été donnée de voir. Le plus dommage étant qu’il est mort avant d’avoir pu lire mon livre, franchement… Où va le monde ?

Pour comprendre pourquoi et comment il a clamsé, imaginez un appartement tranquille, dans une tour d’immeuble peinard, dans un coin paumé, un soir d’hiver glacial. Monsieur Salsal est heureux. Amazonia vient de lui envoyer un mail : son colis l’attend.

— Putain ouais ! hurle-t-il en bondissant de son canapé.

Il est tout fou, tout content : son livre, “Histoires folles et horrifiques” vient d’arriver dans sa boîte aux lettres. Voilà des jours qu’il l’attendait. Souriant, Axel enfile ses chaussons de gros vieux et son petit gilet de laine. Il fait un peu froid dehors, ce serait con de se chopper un rhume. Le voilà paré à affronter les couloirs gris et le gel.

Axel oublie sa clé. Abruti. Il claque la porte de son logement et file, clopin-clopant, dans les couloirs, s’amusant de la buée qui sort de sa bouche moustachue à la Bellemare.

— Tilalilalouuuu… chantonne-t-il.
— Ta gueule ! répondent les voisins de chez eux.

Il ferme sa gueule et continue. Escaliers. Un étage. Deux étages. Il glisse entre le troisième et le quatrième. Et ça fait bim, ça fait bam, ouille… Le voilà tout à fait en bas de l’immeuble, courbaturé, les larmes aux yeux, mais sain et sauf. Ce serait con de mourir aussi bêtement, songe-t-il.

Axel sort du bloc pour aller vers les boîtes aux lettres. Et là, il se rend compte qu’il a oublié son trousseau de clés en haut.

— Putain fait chier ! râle-t-il en se tapant la cuisse.

Et il ne bouge plus. Il réfléchit Axel. Remonter ? Prendre le risque de glisser à nouveau ? Redescendre ensuite ? Non, trop chiant, songe-t-il. Il a une meilleure idée : essayer de gré ou de force de foutre sa main dans la boîte pour récupérer son colis à la mode vandale.

Et il essaye. Une main, ça marche pas. L’autre, non plus.

— Mmmh…

Il tape dans la boîte, dans l’espoir de casser la serrure. A part des menaces de voisins mécontents du bruit, rien ne se passe. Des chiens aboient. Une voiture passe. Mais le livre est toujours dans la boîte. Axel devient colérique. Il songe à remonter chercher sa clé, et c’est là qu’il se rend compte que sans sa clé, il ne pourra pas rentrer dans son appartement. Ben ouais, c’est con hein !

La panique commence à l’envahir. Que faire ? Demander de l’aide aux voisins ? Mais ils le détestent tous ! Appeler un serrurier ? Il n’a pas son téléphone ! Axel Salsal est coincé dehors, ne pouvant même plus entrer dans le bloc sans son badge. Il ne se rend pas compte que le froid commence à le rendre fou.

Il a chaud. Très chaud. Ôtant ses vêtements, il ne prend même pas garde aux insultes des rares passants qui le prennent pour un exhibitionniste. Le voilà à poil, devant sa boîte aux lettres qui contient le livre maudit pour lequel il est en train de mourir de froid.

Et c’est ainsi qu’il finit.

On le retrouve au petit matin, recroquevillé sur lui-même. Le bailleur trouvera plus tard son livre dans la boîte aux lettres et se fera une joie de le lire. La dédicace le fait rire : “Pour Axel, puisse ce livre t’emporter”... Pour être emporté, hé ! Il l’était !

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[Axel, je suis navrée. Mais également honorée que tu fasses partie de mes lecteurs.]