Horror Stories

Deux pour le prix d'un

auteur : Driller_killer

publiée le 2021-01-21 10:18:22

HUMOUR, PSYCHOPATHES


Madame Driller, directrice de l’école Clairpaclairfontaine, petite maternelle discrète dans une campagne tout aussi discrète, fulminait. Elle était en rage, ça oui ! Marchant en pleine nuit dans les locaux (ouais, elle aimait ça la dirlo, se promener la nuit dans les couloirs de son école, tu peux pas test), elle claquait portes et poubelles sur son passage, de colère. Il faut la comprendre : quelqu’un s’était introduit dans l’école. Avait déposé quelque chose dans le grand container de la cour, derrière la cantine, et squattait devant lui, assis en tailleur, comme dans l’attente d’un miracle. Elle l’avait vu faire de son bureau. Clic, clac, ses talons résonnaient dans l’enceinte de l’établissement, contrastant avec les murs colorés et les jeux d’enfants traînant partout. Cet intru allait l’entendre, ça c’est sûr !

Arrivée dans la cour, madame Driller s’arrêta un instant. Choquée. L’homme n’était pas seul. Quelqu’un attendait, dans l’ombre du préau. Dans une drôle de posture, il semblait attendre quelque chose, et avait un carnet à la main. De là où elle était, elle pouvait même voir un grand sourire s’afficher sur son visage. “Mais… qu’est-ce que c’est qu’cette merde” pensa-t-elle, enragée. Ni une, ni deux, elle s’avança d’un pas sûr vers l’intru devant le container, se promettant de s’occuper du second juste après.

— Hep toi là-bas ! gueula-t-elle en montrant du doigt l’abruti. Dégage de là où j’appelle les flics !

L’homme, car apparemment c’en était un, se leva et eut un grand sourire.

— Faudra qu’tu leur dises de v’nir pour toi aussi alors grognasse !
— Pardon ?! s’offusqua-t-elle.
— Tu crois j’ai pas remarqué ton manège ? J’vois pas pourquoi j’pourrais pas faire comme toi !
— Ceci, montra-t-elle en tournant son bras autour d’elle, est MON école ! Fous l’camp !
— Non.
— SI !
— Non.
— Putain on va pas jouer à ça pendant cent sept ans.
— J’crois que si.
— Qu’est ce que t’as jeté dans ce container ?
— Un corps.
— PARDON ?!
— Un corps.
— J’ai entendu ducon, mais pourquoi ici ?!

Un rire retentit dans la cour. L’autre intru s’était approché et notait frénétiquement des choses sur son carnet à spirales 138 pages, en velin surfin.

— Continuez je vous prie ! s’écria-t-il.
— Mais t’es qui toi putain ? gueula madame Driller.
— Ben de Bendidétrucs’mag ! J’fais des articles sur les tueurs en série, vous occupez pas d’moi ! Je suis cet homme depuis quelques jours. Simon Aillair, réputé dans le milieu, beaucoup plus que vous, Adeline Driller !
— HO PUTAIN GENIAL ! gueula le dénommé Simon. J’peux t’raconter la fois où un connard a voulu m’prendre mon petit livre noir ?
— Ouais, on s’fixera une date mec ! Mais reprenez là où vous en étiez s’il vous plaît !

Adeline et Simon se jaugèrent longuement. Une heure plus tard, leurs yeux étant secs et rougis, la dirlo reprit la parole.

— Bon, tu prends ton cadavre et tu t’casses de là. Ici, c’est chez moi, c’est mon antre, mon alibi.
— J’ai pas envie. Je fais ce qui me plaît, et là tout de suite, ce qui me plaît, c’est de laisser le corps dans cette poubelle.
— Si y’a trop de corps, j’vais avoir des emmerdes.
— C’est pas mon problème.
— Tu pourras plus cacher ta merde.
— C’est pas mon problème.
— J’vais t’tuer.
— C’est toujours pas mon problème.

Adeline, en ayant trop supporté pour une seule soirée, sauta sur Simon. L’homme para son coup et elle se retrouva gueule par terre et jambes en l’air. Ses talons avaient volé, presque sur la tête de Ben. Un nouveau rire retentit au loin. Un rire de femme.

— OUILLE PUTAIN DE SA MERE ! se plaignit m’dame Driller en frottant ses genoux. Qui c’est encore ?
— Faites pas gaffe ! lança la voix féminine par dessus le muret. J’suis que de passage ! Je cherche juste un endroit pour me camer pépère avec mon pote !
— PARCE QU’EN PLUS YEN A D'AUTRES ! Ben dégagez ! cria Simon. Tu vois pas qu’on est en affaire ?
— Pardon ! J’m’en vais. Viens Travis ! Les gens j’te jure !

Ils partirent sans demander leur reste. Ben écrivait encore, toujours souriant.

— Bon, revenons en à nos corps, déclara Adeline.
— Ya pas trente-six solutions. Où tu me laisses la place pour ce cadavre, où je te dénonce pour ton trafic d’enfants.

Madame Driller sembla réfléchir, chose improbable pour elle. Elle déclara après vingt sept minutes de dure réflexion :

— Bon. Ok pour cette fois. Mais si tu remets tes sales pattes d’alcoolo ici, jte prends, j’te retourne contre l’mur, j’te mets une branlée dont t’as pas idée, j’te troue l’bide et j’bouffe tes entrailles. Capiche ?
— Ta gueule.

Ben sembla déçu. Il rangea son carnet, vint près des deux psychopathes et leur dit d’un ton penaud :

— Vous pourriez pas vous foutre sur la gueule un peu ? Que j’ai d’la matière à écrire quand même.

Les deux tueurs, comme mus d’un même élan, se jetèrent sur lui. Ben passa un sale quart d’heure qui dura deux heures, pendant lesquelles il passa du statut vivant au statut presque mort sous les coups de pieds et de poings.

— STOP ! hurla Simon après que le corps du pauvre Ben fut presque devenu de la pâtée. On a b’soin de lui pour vivre. Qui parlerait de nous après hein.
— J’aime pas dire des trucs, mais t’as raison. Relève-toi boubourse. t’as de quoi écrire là non ?
— Fe crois que oui, répondit le journaleux en se frottant la joue. Merfi à vous pour votre confianfe. Fe crois que ve vais rentrer fez moi.
— Ouais t’as raison. Dégage. T’as voulu ton histoire, tu l’as eue ! claironna Driller, ravie.