Horror Stories

Blair Wish

auteur : Driller_killer

publiée le 2020-12-29 13:14:36

HUMOUR, VOEU, DEDICACE


[Spécial dédicace à David Fenryck - un twittos que j'apprécie qui m'a donné cette formidable idée]

Blair était une jeune fille tout à fait banale. Jeune, presque jolie, peu intelligente. Une fille entourée d’amies, de parents aimants. Mais Blair avait aussi un défaut de taille : son ambition. Elle voulait tout, tout de suite, tout le temps. Blair était d’une trempe de fer et comptait bien le faire comprendre au monde un jour.

L’histoire de la fin du monde commence donc avec Blair se promenant sur les berges du canal de sa ville, une ville tellement banale qu’il n’y a même pas lieu de dire son nom. Il faisait nuit cette nuit-là et Blair regardait de son œil presque intelligent les étoiles et la lune, se disant que “fichtre, quel plaisir ça doit être d’aller sur la lune”. Des pensées somme toute banales pour cette jeune fille banale. Il y avait un peu de vent, une brise légère qui faisait des ondulations brillantes sur l’eau du canal, ravissant le regard de la jeune fille. Tellement obnubilée par ses pensées sur la lune et les miroitements de l’eau, Blair ne se rendit pas compte qu’elle venait de bousculer quelqu’un.

— Putain mais fais gaffe meuf ! hurla la pauvre victime de l’inconscience de Blair
— Ho ça va hein ! J’ai dit pardon !
— Mais non !
— Mais si !

Il en fut ainsi pendant de longues minutes interminables pour moi, qui vous conte cette formidable histoire. Interminable, vous dis-je ! Si bien qu’au bout d’un moment, tout s’accéléra et enfin, l'olibrius s’en alla, fâché. Blair s’asseya sur un banc, face au canal et dit tout haut :

— J'aimerais que ce type tombe à l’eau !

Alors, d’un coup, son nez lui gratta affreusement et, venu des tréfonds de son corps banal, un éternuement d’une force incroyable surgit et…

ATCHOUM !

Il résonna tellement que le pauvre mec sursauta et tomba à l’eau.

— Putain c’est dingue ça ! hurla Blair, joyeuse, en se levant du banc afin de mieux voir le pauvre gars remonter à la surface en hurlant à qui voulait l’entendre qu’il ne savait pas nager.

Blair, toujours choquée par ce qui venait de se passer regarda le pauvre jeune homme se débattre avec l’eau et couler au fond avant de remonter à la surface, visage sous l’eau. Raide mort, je présume. La jeune fille, forte de ce pouvoir qu’elle venait de se découvrir, se mit à marcher d’un pas résolu. Elle allait avoir le monde pour elle, à ses pieds, là, tout de suite !
Elle commença par se rendre chez elle, une idée bien peu banale derrière la tête.

— Derrière la tête ? me demanda-t-elle alors. De où derrière la tête ?
— Dans ta tête hooo… C’est une expression d’accord ? lui dis-je avec commisération devant sa stupidité.

Elle réfléchit deux secondes et haussa les épaules, après tout, c’est moi qui décidais ! Donc elle rentra chez elle et se posta devant ses parents qui, eux, étaient postés devant le poste de télévision.

— Ecoutez. Je suis décidée ! lança-t-elle.
— Ha bon ? demanda la mère en penchant sa tête à droite pour tenter de regarder son émission.
— Oui !
— A quoi donc ? demanda le père en penchant sa tête à gauche.
— A gouverner ici ! s’exclama Blair, les mains sur les hanches pour empêcher ses parents de regarder leur programme.

Les deux parents, comme deux cons, la regardèrent, sciés par le ridicule de leur fille si banale, puis éclatèrent de rire. Blair, vexée, souhaitant que ses parents ne soient plus que des objets, ferma ses yeux, se concentra et ses sinus commencèrent à lui gratter à nouveau.

ATCHOUM !

Ses parents, surpris par la puissance de l’éternuement de leur fille, basculèrent en arrière (canapé y compris) et se figèrent. Dans le temps et tout court. Ils étaient devenus des statues inutiles, moches et encombrantes. Blair, ravie, se rendit dans la chambre de sa sœur.

— Tu vas devenir mon esclave toi ! cria-t-elle en entrant en trombe dans ladite chambre.

La sœur, écoutant du Marilyn Manson dans son mp345 tout pourri la regarda, et éclata de rire à l’instar de ses parents devenus objets. Blair, sans se démonter et sans prendre garde à la petite douleur qu’elle ressentait dans les sinus, se concentra, souhaita ce qu’elle voulait souhaiter et éternua de nouveau.

ATCHOUM !

La surprise arracha les écouteurs des oreilles de la sœur qui, instantanément, se retrouva à poil. Une taie d’oreiller vint se coller à elle pour couvrir sa nudité scandaleuse. La jeune fille vint se mettre à genoux devant Blair.

— Que puis-je faire pour vous être aimable ? demanda-t-elle avec un regard soumis envers sa maîtresse.
— Commence par fermer ta gueule, on verra plus tard ! répondit Blair, enchantée.

Après ce forfait, Blair se rendit à l’extérieur. Elle voulait soudainement gouverner le monde entier. Alors, dans le jardin banal de sa maison banale, elle regarda le ciel. Elle se concentra en essayant de formuler son vœu du mieux qu’elle put. Elle se concentra tellement longtemps que ses sinus, prêts à envoyer la magie, lui démangèrent de plus en plus. La douleur commença à poindre et Blair se gratta. Elle gratta, gratta encore en oubliant son vœu. Au bout d’un moment, la douleur se fit si vive, si intolérable pour cette jeune fille banale qu’elle hurla :

— Je voudrais que tout s’arrête putain !

ATCHOUM !

Et tout s’arrêta. Elle, pour commencer. L’éternuement lui avait été fatal, créant une zone obscure dans son cerveau qui vrilla. Le monde, pour finir. Plus aucun mouvement. Plus de vent. Plus de rotation de la planète. Plus rien…

— A tes souhaits, Blair, conclurais-je.