Horror Stories

CALENDRIER - 1 décembre 2020

auteur : Driller_killer

publiée le 2020-12-01 11:00:51

CALENDRIER, MUSIQUE, DIABLE


[Rappel : pour voir les dates de parution, se référer à l'article dans la gazette]

TEXTE DE PLAYFULPUCK (membre de Discord - Serveur : Les terres de Delirium)

*** LA SONATE DES TRILLES DU DIABLE ***

Si certaines légendes sont faites pour embellir des œuvres d’une étrange aura, il y en a d’autres où la légende associée est d’autant plus fascinante qu’elle s’avère être réelle. Mais parfois, la réalité n’est pas celle que l’on croit. Parfois, les malédictions ne sont pas là où l’on penserait les trouver. Et parfois encore, les choses ne sont pas faites pour être redécouvertes.

***

Nicolas était un jeune étudiant, plutôt doué, qui avait très tôt appris à jouer du violon. Il n’était pas virtuose, loin de là, mais il était quand même doué, et lorsqu’il jouait, il dégageait ce magnétisme qui aimante les foules et les fige le temps d’un morceau. Il finissait ses études dans l’école de musique de la région, et il devait bientôt la quitter pour en trouver une autre, pour lui permettre de poursuivre son apprentissage. Dernièrement, il avait commencé à apprendre un nouveau morceau : La Sonate des Trilles du Diable. Il s’amusait de ce titre diaboliquement provocant.

Parfois, pour s’amuser, pendant qu’il travaillait cette pièce, il faisait semblant d’être possédé, riant de la panique qu’il pouvait provoquer chez ses auditeurs qui, eux, croyaient véritablement à cette possession. Bien sûr, ceux-ci riaient aussi quand ils se rendaient compte de la supercherie, mais la farce fonctionnait à chaque fois. Après tout, ce morceau avait été inspiré au compositeur par le Diable en personne, il serait bien normal qu’il vienne écouter l’œuvre qui lui était dédiée. Les semaines se déroulaient sans aucun problème, Nicolas continuant à travailler son morceau sans relâche. La pression était grande, car son professeur lui avait proposé de le jouer à une audition. L’enjeu en était l’entrée dans l’une des plus grandes écoles de musique du pays. Il travaillait tous les jours pendant plusieurs heures, parfois jusqu’à se faire saigner les doigts, à force de répétition. Il faut dire que certaines cordes de violon peuvent être plutôt tranchantes, de véritables fils à couper. Et Nicolas s’était lancé un sacré défi. Il voulait la jouer le plus rapidement possible, avec le plus de trilles, ces petites notes très rapprochées qui rendaient le morceau bien plus compliqué que ce qu’il n’est à la base. Il voulait impressionner le jury et faire en sorte de pouvoir rentrer dans cette école, qui était plus ou moins l’un des buts qu’il s’était fixé.

Il faut savoir qu’un violon, cela coûte relativement cher. Très cher, même. Et celui de Nicolas était d’une qualité moyenne. Il voulait d’ailleurs en changer depuis des années. Pour son anniversaire, sa famille décida de se cotiser pour lui offrir un nouveau violon. Ils se rendirent donc chez un luthier pour que Nicolas puisse essayer les violons qu’il souhaitait et choisir celui avec lequel il se sentirait le plus à l’aise. Il en essaya plusieurs, tous de bonne facture, mais aucun ne semblait lui plaire assez ou le satisfaire suffisamment pour qu’il en fasse son violon. Jusqu’à ce que le facteur d’instrument lui en présente un dernier. Il était vieux, étonnement léger, bien plus que les précédents. Le bois était foncé, parfois noir à certains endroits où le temps avait bruni le vernis jusqu’à le rendre très sombre. Il y avait deux ou trois taches, notamment sur le manche, sûrement dues aux précédents possesseurs qui avaient aussi passé de longues heures à jouer dessus. Le manche, d’un noir d’ébène, se prenait facilement en main. Nicolas posa le menton sur la base de l’instrument, puis avec une grande inspiration, commença à jouer son morceau dessus. Les coups d’archets venaient facilement, pleuvant sur les cordes à une vitesse plus rapide que ce que le jeune violoniste n’avait alors fait. Les parents et le luthier étaient fasciné par la dextérité du garçon. Il faut dire que son jeu était excellent et qu’il dépassait les précédentes interprétations qu’il avait pu donner. Lorsque la pièce fut finie, un silence funèbre régnait dans la boutique. Prenant sa respiration pour retrouver ses esprits, Nicolas se tourna vers le vendeur. Son choix était fait, c’était ce violon qu’il allait prendre, et l’archet qui allait avec. Étonnement, il ne coutait pas aussi cher que ce que l’on aurait pu croire au premier abord. Le fabricant avait expliqué que c’était un violon qui avait été déposé en réparation par un vieux monsieur qui n’était jamais revenu le chercher. Ses enfants, deux jeunes femmes qui ne jouaient pas de violon, étaient venu prévenir le luthier qu’il pouvait garder le violon, que leur père était mort et qu’ils n’auraient rien à faire avec un pareil instrument, autant qu’il serve à quelqu’un d’autre. Comme le violon était très ancien, la marque du fabricant ne se trouvait pas à l’intérieur, et on ne savait donc pas qui l’avait fait. Nicolas l’emporta et le rangea chez lui, en attendant de pouvoir en jouer pour l’audition. Il préférait ne pas l’abîmer avant l’examen et continua à travailler sur son ancien violon.

Les semaines passèrent et l’examen de fin d’année arriva bien vite. Nicolas était prêt. Lorsque son tour arriva, il prit le vieux violon sombre et entra sur scène. Il était habillé tout en noir et cela lui donnait une allure squelettique, lui qui n’était déjà pas bien épais à la base. Seul, au milieu de la scène, il commença à jouer la Sonate des Trilles du Diable. Le silence dans la salle était sacerdotal, presque oppressant. Il posa son violon sur son épaule, coinçant l’instrument avec son menton et commença à frotter l’archet sur les cordes. Le son était clair, pur, les notes flottaient dans l’atmosphère. Il commença à jouer le morceau. Le public, comme à l’habitude, fut pris dans le mouvement et restait accroché au spectacle. Plus le morceau avançait, plus Nicolas accélérait, d’abord lentement puis plus rapidement, comme si l’archet jouait tout seul sur le violon. Il était fier de lui, fier de voir qu’il arrivait à une telle vitesse, une telle dextérité. Les trilles et les trémolos s’enchaînaient les uns après les autres. Mais quelque chose poussait Nicolas à faire plus, à faire mieux, à accélérer encore la cadence. Il allât plus vite encore, fronçant les sourcils face à la difficulté qui commençait à se faire sentir. L’archet volait sur les cordes, et ses doigts aussi, accélérant toujours plus. Il se cambra, face à la montée dans les aigus, la lumière de la salle dessinant sur son visage des creux sombres au niveau des yeux, lui donnant l’air d’avoir des orbites bien plus profondes. Il continua d’accélérer, malgré la difficulté de la pièce. Quelque chose contrôlait ses mains bien plus qu’il ne le pensait, et elles allaient de plus en plus vite, pinçant les cordes, tirant et poussant l’archet. Les cordes commençaient à lui faire mal aux doigts. Il avait enlevé les pansements qu’il avait pour pouvoir jouer correctement, mais ses blessures se réouvraient. Quelques gouttes de sang tombèrent sur le manche du violon, qui furent aussitôt absorbées par le bois. Nicolas vit cela du coin de l’œil, mais ne s’en préoccupa pas, se concentrant toujours sur le morceau. Il commençait à fatiguer, malgré les heures passées à travailler la pièce. Soudain, la fin arriva et il enchaîna les notes à une vitesse folle, presque surréaliste. Le public était stupéfié de la dextérité et de la virtuosité du jeune violoniste. Sa famille et ses amis ne l’avaient jamais vu jouer ainsi. Lorsque la note finale arriva, il fut bien content de pouvoir enfin achever le morceau. Ses doigts lui faisaient mal et son épaule droite le lançait au point que bouger le bras encore pouvait être douloureux. Quand la dernière note retentit dans la salle, le silence se fit. Il salua, penchant le buste en avant. Il était bien pâle, mais il était heureux. Mais alors qu’il se penchait en avant, une douleur dans la poitrine le prit et il bascula, tombant par terre. Il perdit connaissance et ferma les yeux tandis qu’il voyait le jury et le public se lever, stupéfaits.

À son réveil, il était dans un lit d’hôpital. Lorsque le médecin vint, il apprit qu’il avait perdu beaucoup de sang. Ses vêtements, qui reposaient sur la chaise à côté de la fenêtre, n’avait pourtant aucune trace rouge, malgré leur noirceur. Tout le monde mit son anémie sur le compte de la fatigue, du travail et du stress. Il resta alité pendant plusieurs jours, récupérant de son concert diabolique.