Horror Stories

L'envol du corbeau

auteur : Driller_killer

publiée le 2020-12-09 13:14:14

MORT, ANIMAL, SOMBRE


C’est lors des nuits éclairées que le corbeau aime le plus observer le monde. Dans sa forêt, près de cabanons sinistres et vieux d’un siècle, il se pose sur une branche, au hasard, et il fait briller ses yeux sous la lune. Il regarde. Le vent fait légèrement frémir ses plumes, ses ailes, qu’il garde serrées près de son corps. Son bec à demi-ouvert, le corbeau cherche. Écoute. Trouve. Ici, une cabane habitée. Là, une voiture au moteur éteint. Et derrière encore, des enfants se chamaillant au bord du lac. Cela augure une bonne soirée. La lune pleine est une chose qu’il aime par-dessus tout. Elle ne laisse rien déguisé. Tout, ces soirs-là, est vrai, intact et visible. A l’inverse, lors des nuits en croissant, le corbeau a peur. Il ne sait jamais ce qu’il voit, les ombres, l’obscurité, peuvent masquer chaque chose dans la forêt. Elles peuvent aussi se jouer de lui, lui faire croire des choses absurdes. Oui, le corbeau n’aime que la pleine lune.

Les enfants se disputent un peu plus fort maintenant. Le corbeau prend un élan et s’envole. Il va se poser sur une branche, plus proche d’eux. Des enfants ? Non. Des humains surtout. Le corbeau n’aimait pas le principe des âges. Des humains restent des humains. Seules leurs actions comptent. Concentration. Il écoute mieux. Il entend mieux. Ils se disputent pour des bagatelles. L’un d’eux s’emporte et pousse l’autre. Quelques ondulations sur l’eau sont les témoins de la disparition de l’humain. Ainsi donc, en voilà un à l’eau. Un soir presque hivernal. Des cris. L’autre enfant panique. Le corbeau regarde et croasse. Une façon pour lui de rire. Qu’ils étaient sots. L’enfant pleure maintenant. Il ne sait pas quoi faire. Le corbeau croasse à nouveau. L’enfant crie, hurle même.

Des lumières. Le corbeau ferme les yeux. D’autres cris. Désespoir, peur. Les adultes de la cabane, de la voiture. L’oiseau sait. La mort a frappé ce soir. L’enfant perdu dans les eaux ne réapparaîtra pas. Il prend un élan et s’envole. Le bruissement de ses ailes ne sera pas entendu par les humains. Il se pose sur le toit de la cabane et observe encore. Il voit. Il respire et ricane. Des croassements. Des sirènes. Du mouvement, beaucoup. Un tas d’humains drôlement vêtus plonge dans le lac noir. Mais le corbeau sait. L’enfant ne sortira pas du lac. Pas ce soir.

Des pleurs. Des cris. L’enfant sauf est assis et le corbeau peut voir, de là où il est posé, qu’il est mort intérieurement. Le regard du garçon est vide. Le corbeau croasse. L’enfant se retourne vers le son, et les deux s’affrontent. C’est que l’oiseau est témoin. La peur prend place dans les yeux de l’humain. L’oiseau croasse encore, encore et encore. L’enfant hurle. Il avoue. Des gifles. Des cris. Puis plus rien. Le corbeau s’en va, la nuit prend son envol.


Driller_killer
2020-11-27 20:44:06

Merci Noona !!

Noona
2020-11-27 20:37:05

Bravo Driller_killer !
Tes histoires me manquaient :p

Driller_killer
2020-11-27 19:01:37

Merci Félix !

Félix
2020-11-27 18:07:04

Tres bien écrit