Horror Stories

The one I love

auteur : Driller_killer

publiée le 2022-05-11 11:35:26

AMOUR, MUTILATION, PSY


Quelle conne.

Moi. Pas elle.

Je l’ai appelée, sans cesse, durant trois jours et trois nuits après son départ. Mais rien.
Vide absolu.
Néant.
Dans mon âme, dans mon bide, dans mon cœur. Je l’ai appelée en chuchotant, en pleurant, en déchirant la nuit de mes larmes amères et… rien.

J’aurais peut-être dû y aller moins fort.

Moins cogner.
Moins secouer.
Moins lacérer.

J’aurais dû jeter mon cutter avant qu’elle n’entre dans ma chambre. Avant qu’elle n’ouvre la bouche dans une pathétique tentative d’explication sur son envie de me quitter. J’aurais dû savoir, en la voyant, que la rage prendrait le dessus.
J’aurais dû me retenir.

Son petit cou, entre mes mains. Son petit corps, doux, se vidant doucement de son sang. Il formait des petites rivières noires sur son ventre, ses cuisses, ses seins, sa chatte. Il formait des rivières de mort, des ruisseaux morbides.
Le cutter sanguinolent, sa chair ancrée sur la lame acérée, reposait sur le sol. Et j’avais mal. J’avais mal putain !

Je suis tombée inconsciente après ça.

Décompensation.

Puis, quand je me suis réveillée, plus personne. Juste son sang sur le parquet, et le silence. Je ne sentais même plus son odeur particulière, de vieille lavande défraîchie, comme dans la penderie de chez mamie. Je ne distinguais plus son âme. Noir, vide. Mes entrailles faisaient des nœuds si douloureux. Elle n’était plus là.
Et moi, j’avais toujours aussi mal. Partout. Mais surtout dans mon cœur.

Elle était partie.
Partie.
Partie.

Et eux criant, hurlant. Des sirènes bleues et rouges. Des voix lointaine, enfoncée dans du coton. Ils m’emmenaient, je criais. Ils m’attachaient, je pleurais. Reviens, reviens… mais elle ne revenait pas.

Un tourbillon noir m’enveloppait. Mes yeux s’embrouillaient. Je ne voyais que son absence. Je n’entendais que son silence. Je ne sentais que son fantôme effleurant ma peau. Partie. Me débattre ne servait plus à rien.

Elle avait été ma meilleure amie, si longtemps. Depuis ma plus tendre enfance. Nous étions inséparables. L’école avait vu notre amitié grandir de plus en plus. Mes parents n’aimaient pas trop mon amie. Ils détestaient quand je parlais d’elle.
Elle venait toujours chez moi, le matin pour faire la route de l’école ensemble. Le soir, pour me raccompagner. Parfois même elle restait et on jouait toutes les deux dans ma chambre, durant des heures, jusqu’à ce que ma mère vienne gueuler qu’il était temps de dormir, ou de manger, ou de faire les devoirs.

Plus tard, quand nous étions adolescentes, ça a été plus loin. Elle restait dans ma chambre, dans mon lit. Nue. Et nous nous caressions, longuement, passionnément. C’est avec elle, elle seule, que j’ai connu mes premiers émois. Mes premiers orgasmes. Sa peau si douce, sein contre sein. Nous nous aimions…

Puis, adulte, alors que mes parents m’empêchaient de quitter la maison, elle s’est faite de plus en plus pressante. Elle voulait que je la suive, loin, très loin. Pour ne plus jamais revenir, et vivre notre amour au grand jour. Loin, au-delà du monde. Ce que j’ai refusé, trop apeurée. Trop besoin d’eux aussi, mes parents, je crois. Après tout, ils ne voulaient que mon bien.

Elle me manque putain.

Depuis l’incident, mes parents ne me laissent plus une minute sans surveillance. Je ne peux plus la chercher, l'appeler. Ils me suivent, vérifient mes pansements, écoutent à ma porte, tous les soirs.

Ils me l’ont enlevée.

C’est pas elle qui a suivi son chemin. Ils me l’ont enlevée. Ils m’ont déchiré le cœur.
Je devrais de nouveau arrêter ce traitement.
Pour la revoir…

La seule que j’ai jamais aimée.