Horror Stories

M.O.R.T Inc.

auteur : Jeff

publiée le 2021-10-10 09:47:09

TELEPHONE, ADO, MYSTERE


Dan Osborne s’ennuyait, seul dans sa chambre. C’était un samedi soir comme il en avait vécu beaucoup au cours de sa courte existence : pas de copine à cajoler, rien à la télé, il n’avait pas envie de se faire une partie de jeu vidéo, les ayant tous terminé. En plus, sa mère était sortie. Depuis que ses parents étaient divorcés, elle profitait de chaque samedi soir pour aller faire la fête. Ça ne l’ennuyait pas qu’elle sorte, ce qui le gavait, c’était de rester seul dans cette grande maison. Il n’aimait pas la solitude. C’était la même chose quand il passait le week-end chez son père, qui préférait passer du temps avec sa nouvelle femme, de vingt ans sa cadette, tout en le délaissant. Pour se donner bonne conscience, son paternel lui offrait tout ce qu’il voulait : ordinateur portable, tablette dernier cri, smartphone le plus cher du marché, jeu vidéo… Tout ça pour pouvoir le laisser seul plus facilement… Pathétique… Dan s’était juré qu’il ne ferait jamais subir ça à son enfant.

Il alluma la télévision, même s’il savait qu’il n’y aurait pas de programmes intéressants pour un adolescent de 16 ans. Il mit la chaîne musicale mais celle-ci diffusait des clips  où on pouvait voir des rappeurs américains bardés de chaines en or et exhibant leurs muscles aux côtés de bimbos peroxydées très peu vêtues. Il changea de chaîne. Il préférait le trash-métal. Chaîne suivante, il y avait une bande de jeunes gens qui passaient plusieurs mois enfermé dans une maison richement meublées. Ces personnes passaient leur temps à s’engueuler, à bouffer et à faire des jeux stupides pour gagner de l’argent. A gerber. Il changea de chaîne et tomba sur un film d’horreur qu’il avait déjà vu pas mal de fois, “Halloween” de John Carpenter.
Faute de mieux, autant regarder ça. Il en était à peu près à la moitié du film. Il s’installa sur son lit quand il y eut une coupure publicitaire. Dan soupira. Il avait horreur que les films soient coupés, il ne supportait pas ça. Qu’est ce qu’il en avait à foutre des yaourts à 0%, des crèmes pour les pieds et des couches pour bébés ? Sans parler des réclames pour des numéros de téléphones surtaxé type 38 quelque chose, pour savoir s’il était cocu ou pour connaître son horoscope. Il n’avait même pas de copines ! En ce moment, c’était une réclame pour attraper les gogos.

— Envoyez MORT au 38101 pour connaître la date et l’heure de ta propre mort. Coût de 0,50 centimes par message + coût applicable par votre opérateur.

Juste pour rire, il avait bien envie de tester celui-là. Il n’avait jamais aimé ses pubs, mais il se faisait grave chier, donc, en attendant que le film reprenne, pourquoi pas tenter le coup ? De toute façon, c’était pour les jeunes ados en mal de sensations fortes, qu’est ce qu’il craignait ? Quant au coût du message, il n’en avait rien à foutre, ce n’était pas lui qui payait son forfait, c’était son père ! S’il pouvait lui mettre un petit dépassement de facture à celui-là, ça lui ferait les pieds, à le laisser en plan pour aller sauter sa pétasse siliconée !
Il prit son smartphone et commença à composer sur le clavier le mot MORT. Il se rendit compte que ses mains tremblaient. De peur ? Non, il ne croyait pas à ses conneries. Il cliqua sur ENVOYER. Le film reprit.

Aussitôt, son téléphone se mit à vibrer. C’était un texto de réponse automatique du service, qui lui dirait que sa mort était prévue dans cinquante ans, ou quelque chose comme ça. Il ouvrit le message, qui disait :

— Bonsoir Daniel ! Ta mort est prévue mardi 10 Septembre, soit dans trois jours. Commence à faire tes adieux à ta famille, ta fin est proche ! Tu recevras un rappel par jour, jusqu’à la date fatidique. Merci d’utiliser nos services.

Dan eut un violent frisson. Comment pouvaient-ils connaître son prénom, il ne l’avait pas donné à l’envoi du mot. En plus, la ligne de téléphone n’était pas à son nom, mais à celui de son père ! Même en utilisant un annuaire inversé, il ne pouvait pas savoir comment il s’appelait. Cette histoire commençait à lui foutre un peu les jetons. Puis, il se ressaisit. Sa ligne n’était pas à la bonne adresse, mais à celle de son paternel. S’ils se pointaient chez lui mardi, il n’avait aucune chance de le trouver, car Dan n’était pas sensé retourner chez lui avant samedi prochain. Et puis, de toute façon, ce genre de service était bidon. Qu’est ce qu’il risquait ?

Il se moqua de sa trouille et regarda la fin du film. Il se coucha ensuite.
Cette nuit là, il ne dormit pas très bien.
Le dimanche, il ouvrit les yeux vers onze heures. Sa mère avait dû rentrer très tard et devait être encore en train de dormir. Il se leva, s’habilla et descendit préparer le petit-déjeuner. C’était son tour de le faire.
Il fit couler le café, griller des toasts et servit le jus d’orange. Il se mit à table lorsque sa mère, Alexandra, se leva. Elle avait son air des mauvais jours, sûrement dû à l’abus de vodka orange de la nuit.

— Salut M’man ! Ça va ? Tu as passée une bonne soirée ?
— Moui, pas trop mal. Et toi ? Tu ne t’es pas trop ennuyé ?
— Un peu. Heureusement qu’il y avait un bon film, cette nuit.
— Tu ne t’es pas couché trop tard, au moins ? Sinon, tu vas être fatigué pour reprendre les cours lundi.
— Mais non, t’inquiète…
— Ok, je te fais confiance. C’était quoi, ton film ?
— Halloween, de John Carpenter. Tu sais, Michael Myers…
— Ah oui, le film où un tueur masqué décime des jeunes qui boivent, se droguent ou baisent durant la nuit d’Halloween ! J’ai jamais beaucoup aimé ce genre de films, tu sais, et je n’aime pas beaucoup non plus que tu en regardes. Tu n’avais pas autre chose de mieux à faire, comme réviser tes maths, par exemple ?
— J’ai fait mes devoirs hier après-midi. Et j’avais pas de maths à réviser !

Son portable se mit à vibrer au fond de sa poche. Il le prit et le sortit de sa veille. C’était un message vocal. Provenant du 38101.

— Eh bien, qu’est ce que tu as ? Tu es tout blanc ! Ça ne va pas ?, demanda sa mère.
— Non, je crois que le café passe mal ce matin. Je remonte dans ma chambre pour me reposer. J’ai mal dormi cette nuit. Appelle-moi quand tu passes à table.
— Ok, mon chéri. Et toi, appelle-moi si ça ne va pas.

Dan remonta dans sa chambre. Il avait la tête qui tournait et il  frissonnait comme s’il était grippé. Sauf qu’il n’était pas malade.
Il écouta le message vocal. Une voix qui n’avait rien d’amical disait :

— Bonjour Daniel ! Bien dormi ? As-tu pensé à écrire ton testament ?  J-2 avant la date fatidique ! Passe une bonne journée ! Merci d’utiliser nos services !

Même s’il savait que c’était bidon, ce message le mettait mal à l’aise. C’était malsain.
Il se réveilla lundi matin à 05h30, soit 01h30 avant que son réveil ne sonne. Il ne se sentait pas bien, il avait mal à la tête et envie de gerber. Il ne voulait pas aller en cours aujourd’hui, mais sa mère ne le laisserait pas faire. Même malade comme un chien, elle le pousserait dehors pour qu’il rejoigne le lycée. Il traina au lit, jusqu’à ce que son réveil sonne. Il se leva, se lava et descendit à la cuisine pour prendre son petit-déjeuner. Sa mère l’y attendait déjà, attablée devant une tasse de café fumante.

— Salut, mon chéri, bien dormi ?
— A peu près, grommela Dan.
— N’oublie pas, ce soir, je travaille tard, tu vas encore être seul, désolé.

Elle dit ça sur un ton laconique. Un jour normal, il serait sorti de ses gonds et se serait disputé avec sa mère, l’accusant de ne pas s’occuper assez de lui et de ne penser qu’à sa carrière. Mais, ce n’était pas un jour comme les autres. Il n’avait pas encore reçu de message du 38101, mais il pressentait qu’il ne passerait pas au travers. Pourquoi l’auraient-ils oublié, d’ailleurs ? Ce ne devait pas être dans leur logique de fonctionnement, d’oublier les gens.
Alexandra avala son café encore chaud, l’embrassa sur le front et sortit de la maison en disant:

— Ne te mets pas en retard ! Tu sais bien que j’ai horreur que le surveillant général m’appelle pour que je te remette dans le droit chemin ! Bonne journée, mon chéri !

Il grogna un vague au revoir et avala sa tasse de lait, en révisant quelques leçons.
Il se rendit au lycée pour 08 heures et retrouva Bailey, son pote de toujours. Ensemble, ils faisaient les quatre cent coups, ce qui leur valait quelques heures de retenue après les cours. Sa mère n’aimait pas qu’il traine avec lui. Dan s’en foutait, c’était son meilleur pote, un point c’est tout. Il était quand même libre de choisir ses amis, non ?
Dan ne raconta pas sa mésaventure à Bailey, estimant qu’il se moquerait de lui s’il lui avouait qu’il avait flippé. Il n’aimait pas passer pour une poule mouillé aux yeux de son pote. Surtout qu’il ne se gênerait pas pour se foutre de sa gueule.

La journée se déroula sans encombre. Il ne reçut le message du jour qu’une fois qu’il était rentré à la maison et qu’il était seul.
Une voix, différente de la veille, employait maintenant un ton menaçant :

— Bonjour Dan ! As-tu passé une bonne journée ? J-1 avant la date fatidique ! Es-tu prêt à mourir ? Merci d’utiliser nos services ! A demain !

  Dan fondit en larmes. La plaisanterie avait assez duré ! Il décida d’appeler son père. Non, mieux, la police ! Il allait tout leur dire, qu’un taré le harcelait, voulait le tuer ! Mais, allaient-ils le croire, lui, un ado de 16 ans, gosse de divorcé qui avait sûrement inventé toute cette histoire par pur désœuvrement, ou pour attirer l’attention ?
Il réalisa que personne ne le croirait, faute de preuves tangibles. Mis à part les messages qu’il recevait tous les jours, il n’y avait rien qui prouvait son histoire. La police, ou ses parents, concluraient que toute cette histoire n’était qu’une mauvaise blague. Et maintenant, à bien y réfléchir, que pouvait-il lui arriver ? Personne ne viendrait lui faire de mal, il en était certain. Toute cette histoire pour quelques messages débile ! Quel crétin il était ! Demain, tout ça le ferait bien rire et il se sentirait stupide d’avoir eu peur de la sorte.
Il se détendit peu à peu. Il fit ses devoirs, se doucha, mangea, fit une partie de Call Of Duty avant d’aller se coucher.
Il s’endormit, sans repenser aux messages malsains.

*** *** ***

L’officier de Police Webster s’essuya la bouche. Il venait de vomir, à l’écart de la maison et des regards indiscrets. Il en avait vu d’autre en quarante ans de carrière. Pourtant, aujourd’hui, c’était différent. A la fin de la semaine, il serait à la retraite. Il aurait préféré se coltiner une scène de crime où un clochard se serait fait poignarder par un de ses compagnons d’infortune, mais le destin en avait décidé autrement. Il avait dû relever des indices sur la scène d’une véritable boucherie !
Ce matin, après 07 heures, ils avaient reçu l’appel d’une femme hystérique. Ils avaient eu du mal à comprendre que son fils avait été assassiné. Ne le voyant pas venir prendre son petit-déjeuner, elle était allée voir dans sa chambre s’il dormait  encore. Et elle avait découvert l’horreur !
L’équipe se dirigea vers le lieu du crime, ils arrivèrent sur place après l’équipe paramédicale. Heureusement, la requérante, nommée Alexandra Osborne, venait d’être prise en charge. Elle était allongée sur un brancard, à l’arrière de l’ambulance et dormait sous l’effet des sédatifs. D’après un des ambulanciers, il avait été obligé de lui administrer une dose pour assommer un cheval. Pour la maîtriser et l’allonger sur le brancard, ils avaient dû s’y mettre à quatre, les deux ambulanciers aidés de deux solides flics. C’était peu dire qu’elle était hystérique ! Elle était devenue complètement folle !

Lorsqu’il était entré dans la maison, c’est l’odeur du sang qui avait pris Webster à la gorge. Elle était très présente, suffocante, à la limite du supportable. D’après ce qu’il avait pu comprendre, la scène du crime était à l’étage. Ce qu’il découvrit dans la chambre lui ferait faire des cauchemars jusqu’à la fin de ses jours, il en avait bien peur.
Il y avait du sang partout. Beaucoup de sang. Sur les murs, le lit, le plafond, la télévision. Le jeune homme avait été démembré. Ses bras et ses jambes n’avaient pas été coupés proprement alors qu’il était mort. Ils avaient été arrachés alors qu’il vivait encore. C’était très étonnant que la mère du jeune garçon n’ait pas été réveillée par ses hurlements de souffrance. Tout son corps avait été éparpillé au quatre coins de la pièce. Le coupable devait être une véritable bête sauvage pour s’en prendre à un garçon et lui faire subir ça. Il espérait que l’enquête de voisinage faciliterait son travail, qu’un des voisins aurait entendu ou vu quelque chose qui sortirait de l’ordinaire. Mais, il n’y croyait pas beaucoup.

Il y avait quelque chose qui le tracassait, qui avait mis en branle son sixième sens depuis qu’il avait visité la scène du crime. C’était une carte de visite noire, à l’entête d’une société se faisant appeler “M.O.R.T Inc.” gravée en doré.
Au dos de la carte, au stylo à bille bleu, quelqu’un avait écrit :

« Nous vous remercions d’avoir utilisé notre service ! »

L’officier de police Webster soupira et se remit au boulot. Il avait hâte que cette semaine se termine.


Jeff
2021-10-10 10:53:41

Merci beaucoup !!!

Driller_killer
2021-10-10 09:50:01

Super ! un chouette suspens et une fin explosive ! J'adore !