Horror Stories

Fuir et ne jamais revenir

auteur : Driller_killer

publiée le 2021-06-21 14:23:53

GAZETTE, SOCIAL, AIDE


[---numéros utiles en bas d'article---]

Cet article est dédié à toutes les personnes qui souffrent d'une situation dans laquelle ils sont embourbés, enfermés chez eux, enfermés dans leur tête à cause de leur entourage, enfermés par la société... enfermés sans l'être physiquement (enfants à la maison, peur de la souffrance de l'entourage, peur de l'avenir, pas de moyens...) Ces gens qui veulent PARTIR, qui ne le peuvent pas. Ces gens qui regardent la vie des autres avec envie, puis la leur, en se disant : pourquoi pas moi ? Toutes ces personnes qui vivent une relation toxique, maltraitante...
Ces gens qui subissent brimades, insultes, coups, coups dans le coeur aussi, parce que les mots sont parfois pires, surtout lorsqu'ils sont assénés tous les jours, sans exception, les moqueries, les privations (nourriture, soin, attention, amour, sommeil...) et pire encore. Juste pour vous, pour toi, pour lui, elle, nous...

Pourquoi... Parce qu'aujourd'hui, je fête mes 10 ans de libération d'une relation extrêmement toxique. 10 ans, un exploit dont je ne me serais jamais senti capable il y a justement...10 ans. Je suis celle que j'ai cité plus haut. J'ai subi tout ça. Et aujourd'hui, je me regarde dans la glace, et la seule chose qui me vient en tête c'est : TU AS REUSSI. Et essayé, je l'avais déjà fait, pour toujours revenir. Ne faites jamais ça, une fois parti, tirez un trait. Evitez même les périmètres "dangereux", les relations qui peuvent vous faire revenir...

Pourquoi bis... parce que ce matin, j'ai répondu à un internaute sur twitter en mp, et après réflexion j'me suis dit, j'ai plus à avoir peur que ces gens tombent dessus, j'ai plus à avoir peur de dire au monde les choses, j'ai pas à me cacher, encore moins si je peux convaincre au moins une personne de se sauver la vie et l'âme.

C'était pas facile, ça le sera pas pour vous non plus. Peut-être que vous avez déjà essayé. Peut-être que vous y pensez. Peut-être que vous savez pas comment faire.

Ben y a pas de secret : ouvrez la porte, et partez. Dès que vous en avez l'occasion. Parfois, ça peut être très long. J'ai attendu plusieurs occasions, manquées, sans exception, toutes. Puis il y a eu cette fois là.

Drôle hein ? Pas du tout. C'est ce que j'ai fait. J'ai pris mon gamin, quelques affaires pour lui, après une énième altercation à sens unique avec ma génitrice qui me retenait depuis ma grossesse. Elle s'est barré de la maison pour aller respirer ailleurs. J'ai donc pris cet enfant, mon fils, sa valise, sa poussette et je suis partie. J'ai couru, franchi des lignes mentales, encore quelques mètres... encore quelques rues... encore quelques minutes... Je ne savais pas où j'allais, enfin si, dans mon coeur si, je savais : rejoindre le papa de cet enfant là, innocent qui avait déjà vu bien des horreurs du haut de ses trois mois.

J'ai vu un bus sur la route. Je me suis mise en travers. Il s'est arrêté, m'a fait monter. Ce chauffeur, je l'oublierai jamais. Je lui doit certainement un part de ma liberté. Je n'avais ni argent, ni papiers, même pas une culotte de rechange alors que j'étais en plein retour de couche. Il m'a amenée sur Lille, m'a souhaité bonne chance, les yeux émus.
J'ai été voir le papa. Retrouvailles très étranges, particulières, irréelles. Et pourtant.
Cachée, de peur qu'on ne me retrouve près de chez lui, j'ai téléphoné au 115 et j'ai eu la chance inouie d'avoir une place en foyer le soir même. De séjour en séjour, de foyer en foyer, on a fini, mon fils, son père et moi, par trouver un équilibre.

J'ai du refaire tous mes papiers, prouver par A+B que j'étais bien moi, que cet enfant était bien le mien, me refaire une santé... Et surtout, faire une croix sur le passé. Chaque soir, je repensais à tout ce que j'avais laissé derrière moi : doudou de mon fils, vêtements de naissance, photos... Je n'ai aucune photo de mon fils nouveau-né, ni de moi avec jusqu'à ses trois mois... Tout est resté sur place. J'ai mis un moment à m'en remettre. J'ai fait un deuil, en quelques sortes.
Une fois cette chose faite, la vie a pu prendre son cours.

J'ai reçu, par le biais d'internet, des menaces, des insultes... je m'en fiche. J'ai fais ma part, des plaintes ont été déposées. C'est le passé, il me hante suffisamment pour que j'y accorde de l'intérêt en plus, volontairement.

Maintenant, parlons de "et si"... Ce connard de "ET SI" qui pourrit la vie. Ce "et si" qui vient ramener sa gueule dès que vous êtes décidés à partir.

Et si mes "geôliers" s'en prenaient aux frères, soeurs ?

En partant, allez voir la police si vous êtes vraiment inquiets et déposez une plainte. Le nécessaire sera fait s'il doit être fait.
Si les personnes pour qui vous avez peur sont mineures, allez voir les services sociaux. C'est pas facile, mais ils vous en seront reconnaissants. Peut-être qu'eux aussi veulent changer de vie.
Si vous ressentez qu'ils n'ont rien à craindre, occupez vous de vous uniquement les premiers temps. Histoire de vous poser quelque part et de réfléchir à votre avenir qui vous appartient enfin.

Et si je n'avais aucun toit ?

Au pire, dormir dehors quelques nuits, c'est pas terrible, mais c'est faisable (bon, en hiver c'est moyen, mais le 115 peut pourvoir au nécessaire, même si il n'y a pas de place en foyer - couverture, repas etc...-)
Appellez un ami, même si cela fait des mois que vous avez coupé les ponts. Pas de téléphone ? Demandez dans un café, une pharmacie ou à la police de pouvoir appeller de l'aide. Parfois sont sympas pour ça. Et parfois peuvent vous aider à trouver une solution. Des âmes belles, il y en a.
Appellez le 115, vous aurez peut-être une chance pour un foyer d'hébergement d'urgence.

Et si on me recherche ?

Faut vous dire que c'est rarement le cas au final, persuadés qu'ils sont qu'on reviendra (parfois à raison...) Alors tracez le plus loin possible de l'endroit que vous venez de quitter avant de vous reposer un peu. Dormez. Le lendemain sera le plus dur, une fois l'excitation du moment passé.

Et si la maison est à moi ?

Partez quand même, faites en le signalement à la gendarmerie et entamez dès que possible les démarches de divorce. Vous serez accompagnée pour les démarches. Quelques temps sans maison ne sont rien à une vie sans vie.

Et si je suis mineur ?

Allez voir les services sociaux dont vous dépendez, ou de la ville d'accueil. Si c'est fermé, allez voir la police pour leur expliquer tout cela, des services d'urgence vous prendront en charge. (parole, vécu)

Et si je ne peux pas partir ?

Attendez d'en avoir l'occasion ou faites vous aider par quelqu'un d'extérieur. Un sms, un message sur un forum, un petit papier tendu lors de la monnaie au magasin... Vous tomberez forcément sur une belle âme... Essayez encore et encore.

Et si j'ai des enfants ?

Emmenez les avec vous si le foyer est inadapté pour eux. Si la situation exige de réagir rapidement. Sinon, tentez le dialogue pour une séparation propre.
Pour le reste, je n'ai aucune idée à apporter. Faites vous aider, services sociaux, gendarmerie, juge des affaires familiales... Associations...
Il existe des foyers pour famille, pour mère-enfants... pour les pères je n'ai aucun vent de leur existence malheureusement, et dieu sait que parfois, ce sont les hommes qui sont en souffrance...

Les suites du départ.

C'est vraiment dans les premiers jours que vous serez les plus fragiles. Vous aurez envie de "rentrer", de vous faire pardonner, de pleurer... Ne rentrez pas. Pleurez tant que vous voulez, il faut décharger. Vous n'avez rien à vous faire pardonner. Bien au contraire. Et par dessus tout, résistez. Si vous craignez de rentrer, occupez vous. Promenez vous, allez voir un médecin... faites vous aider psychologiquement. C'est une expérience dont on ne sort pas indemnes.

Les premiers jours passés, les premières nuits (le pire, la nuit... c'est là que tu penses à tout... que tu ressasses...) vous devriez vous sentir mieux pour attaquer. Vous reloger, vous soigner (physiquement, mentalement...), rencontrer d'autres gens, vivre quoi ! N'hésitez pas à parler aux gens, à leur dire ce que vous ressentez. Sortir de là où vous êtes sortis, c'est pas rien, et vous pouvez être fier de vous, vous n'avez pas fui, vous êtes partis, et c'est la plus belle chose que vous pouviez faire pour vous.

Dernier conseil : ne revenez pas. Sauf entouré dans les situations qui l'exigent (enfant etc...) dans ce cas, ne restez que le temps nécessaire. Pas plus.

C'est long, c'est dur, mais c'est possible. Je vous souhaite de réussir cette mission, la seule de votre vie : vivre.

C'était DK, pour vous servir.
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NUMEROS UTILES

115 : samu social (hébergement d'urgence, aide d'appoint pour les nuis dehors, conseils...)

114 : numéro d'urgence par sms (si vous ne pouvez pas parler ou si vous êtes en situation de handicap et avez des difficultés pour vous faire comprendre)

3919 : numéro pour les violences faites aux femmes

stop violence envers les hommes -- 06 81 92 14 58 (pour les hommes, un des rares numéros que j'ai pu trouver, hélas... )

119 : numéro pour la violence faite aux enfants

tuto con mais ma foi simple sur "comment partir"

Pour le reste, cela dépend de votre département, n'hésitez pas à taper "hébergement social + votre ville" pour connaître les aides possibles, ou rapprochez vous de votre bureau d'aides sociales.

Si vous partez un jour, bonne chance.

Ceux qui ont lu tout l'article, merci à vous. Faites tourner si vous connaissez quelqu'un qui a besoin d'aide. Aidez le, soutenez le. Ecoutez le. J'ai déjà aidé des personnes à fuir, et juste une écoute peut booster la personne, parole. Surtout les premiers jours, les plus difficiles. Là où la tentation de retrouver son bourreau est la plus forte. Sortir d'une emprise aussi forte demande une force, on l'a tous en nous, juste, on le sait pas toujours. Rappellez aux gens que vous aimez, que vous les aimez. Rappellez aux gens qui ne vont pas bien, qu'ils sont fort, et que la lutte vaut le coup.

Belle vie à tous !

DK