Horror Stories

Spleen Utero

auteur : Driller_killer

publiée le 2021-04-25 11:46:33

DRAME, MALTRAITANCE, MALADIE


Des larmes plein la bouche, il soupire, soulagé. Enfin, enfin ! elle part. Elle rit, soulevant le mince drap blanc sur sa poitrine flétrie. Tétanisé, il ferme les yeux, il ne veut pas l'entendre. Pas aujourd'hui. Pas le jour de sa libération. Elle ricane comme une hyène.

Il hurle. Les cris sortent, instinctifs, sauvages, déchirant sa gorge, emplissant ses poumons d'air. Ses cheveux longs flottent autour de lui, sales, gris prématurés. Le regard fixe, ne voyant qu'Elle. Elle sur son lit de mort, la bouche tordue dans un rictus malveillant. Elle et son aura noire, disloquée dans la pénombre. Dans sa chambre d'enfant. Sa chambre à lui.

Pièce de feu et de gel. Quelle ironie qu'elle ait choisi ce lieu pour finir sa vie. Sa vie. Longue période où elle s'était rassasiée de la souffrance infligée à son unique enfant. Quelle ironie oui.
Elle tousse, une fois, deux fois, puis crache un long filet de glaire sanglant. Il sourit. Quel son voluptueux que celui de la mort, enfermée dans des poumons putrides.

Elle le regarde. Et lui, pour la première fois de sa vie, il soutient ce regard de haine. "Chacun son tour, hein maman ?" se dit-il, souriant.
La réaction ne se fait pas attendre. Elle tente de se lever, hargneuse, méprisante,une lueur folle dans les yeux. Peine perdue, ses os craquent et son corps s'affaisse sur une mélodie sordide de respiration douloureuse, donnant à l'atmosphère déjà sinistre une odeur âcre de maladie.

Soulagé, il s'assoit à son tour, sur l'unique chaise. La chaise du condamné, l'appelait-il. Dessus, les fesses nues et le dos exposé, il attendait. Elle arrivait ensuite avec ses apparats infernaux et il mordait son bras posé sur le dos de la chaise, pour ne pas pleurer, ne pas hurler, ne pas donner satisfaction. Les coups cinglaient, lacéraient sa peau d'enfant. Il secoue la tête, c'est fini tout ça.
La chaise du condamné, la chaise de la délivrance aujourd'hui.

Toux, glaire, sang et soupir. Elle ferme les yeux. Les minutes s'égrènent lentement. Trop lentement, pense-t-il. Il ne veut pas rester la nuit entière. C'est maintenant ou jamais.
Il regarde les appareils sur laquelle est branchée la vieille malade. Respirateur, cathéters, perfusions, électrocardiomachin... Quel outillage superflu. Maintenir cette sans-âme, pourquoi faire ? Il lui suffirait de si peu. Un mouvement. Une prise. Un clic. Et tout serait fini.

Elle a senti. L'hésitation. Ses yeux s'ouvrent, dans une lueur folle, et sa tête bouge dans tous les sens, aux aguets. Elle sait. Elle sent. C'est sa dernière nuit. Et ce n'est pas elle qui en sera la maîtresse. Elle ne suppliera pas, ne s'excusera pas. Elle sait ce qu'elle a fait. Il sait qu'elle se remémorre tout. De son arrivée braillarde dans ce monde, tout juste sorti de ce vagin frippé et déjà malheureux, et de ses années, à pleurer sous les caresses du cuir. Ecoeuré, il se relève, appuie sur ses yeux pour ôter la vision sordide qui s'est offerte à lui.

Elle le sent approcher du lit. Elle entend la respiration sifflante de son appareil. Suffoquer. C'est donc ce qu'il a choisi, elle le ressent au plus profond d'elle. Lui reprendre son souffle, celui qu'elle lui a donné, malgré tout. Il sait qu'elle a essayé. Tisanes, poings, aiguille à tricoter. Naissance, coups, coups, et encore coups.

Clic. Le ballon dans les tuyaux ne gonfle plus. Clic. L'appareil de surveillance ne clignote plus. Clic. La perfusion ne coule plus.

Il se rassoit. Observe. Le corps de sa vieille mère tremble. La poitrine tente désespéremment de se soulever. Une fois. Deux fois. Puis plus rien. Les yeux roulent, roulent. La bouche s'ouvre, à la recherche d'une grande goulée d'air. Les draps frémissent, les bras battent l'air. Et le râle. Le dernier râle.

Elle est morte. Il sourit. Respire. Soulagé. Et le pire dans tout ça, c'est que toutes cas années, il l'a aimée. Larmes, excuses, et enfin, la porte. Il sort. Il a toute la vie devant lui maintenant. Ne reste plus qu'à attendre les services sociaux qui le placeront dans une bonne famille. Il n'a que dix ans, après tout.

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