Horror Stories

WIKIKOA - épisode 1

auteur : Driller_killer

publiée le 2020-10-06 20:13:10

FORET, WIKIKOA, SéRIE, FANTASTIQUE


— Paul ! Paul ! hurlait depuis des heures Mike, essouflé et en nage, dans la forêt de Wikikoa. Paul, reviens mon garçon ! Suis ma voix !

Hélas, ses appels demeuraient vains. Son fils ne répondait pas. Parmis tous ces arbres, ces buissons, ces rochers même, il n'entendait que l'écho de certains oiseaux guillerets, parfois un petit frottement, sûrement un animal... Mike pleurait, les larmes se mêlaient à sa barbe et à la terre. Il avait fouillé dans tous les buissons sur son chemin, creusé parfois sous une trop grosse racine, de crainte que son fils ne soit tombé dans un trou... Mais rien. Paul s'était volatilisé. Mike était prostré, à genoux et se balançait d'avant en arrière. Il ne comprenait rien à ce qui se passait.

Cela s'était passé peu après le déjeuner. Ils avaient mangé ensemble, dans une clairière, des sandwichs et des fruits. Après, Mike était allé se soulager derrière un arbre aussi gros que trois chênes réunis, et à son retour deux minutes après, plus de Paul. Le gamin de dix ans n'était plus là. Son sac lui l'était encore donc il ne devait pas être bien loin. Peut-être était-il parti lui aussi se soulager dans un coin. Mais après cinq minutes, ne le voyant pas arriver Mike avait commencé à l'appeler. Et cela avait duré des heures. Le soir commençait à tomber, le froid aussi. L'été avait beau être chaud, le soir, dans la forêt, les températures n'étaient jamais très clémentes. Il avait ce qu'il fallait, une parka et son pull polaire, mais il frissonnait rien qu'en imaginant son fils encore en t.shirt. Son sac étant encore dans la clairière, il n'aurait rien pour se couvrir. Et le vent n'était pas chaud.

Mike continua, après son instant de désespoir dans la terre, de chercher son fils. Il n'avait pas de réseau sur son téléphone pour appeler de l'aide, il n'avait même prévenu personne. Sa femme était morte deux mois avant, d'une longue maladie, et ils avaient organisé cette petite excursion pour se ressourcer. Une idée qui avait d'ailleurs enchanté le jeune garçon. Mike se rappella l'entrain dont avait fait preuve son fils au moment du départ le matin même, sa façon de courir sur le chemin national puis cette insistance pour couper par la forêt, comme des aventuriers. Il n'avait même pas songé à dire non, son fils était heureux à ce moment précis, et c'est tout ce qui importait.

Après avoir longé des heures durant les chemins nationaux, Mike s'enfonça à nouveau dans la verdure, il voulait retrouver l'arbre où il avaient fait leur pause-déjeuner. Il y avait d'ailleurs laissé le sac de Paul, dans l'espoir que si celui-ci cherchait son chemin, il le verrait et attendrait. Battant les branches qui le fouettaient, Mike s'enfonça plus encore dans la végétation, plissant des yeux et criant encore, de temps en temps, le nom de son fils. La lumière baissait dangereusement et cela réveillait une sourde angoisse dans son coeur. Les larmes n'arrivaient même plus à sortir. L'heure était à la réflexion. Il devait être calme pour retrouver son fils, son dernier lien avec Clara, sa défunte femme. Leur enfant.

Mike imaginait son fils apeuré, tremblant de froid et de peur. Malgré sa passion aventurière, il n'en demeurait pas moins un enfant de dix ans qui avait été élevé à la console de jeux vidéos et aux chocolats en barre. Rien d'un homme, rien d'un survivaliste. Il regrettait de ne pas l'avoir obligé à regarder les émissions dédiées aux survies en milieu extrême. Il se sentait si con en cet instant. Il n'arrivait pas à imaginer son fils sans vouloir se mettre à hurler et à pleurer. Il n'entendait toujours rien d'autre que le hululement de quelques chouettes qui se réveillaient doucement. Il y avait plus de bruits aussi, mais Mike ne connaissait rien aux espèces qu'il entendait ; tous ce qu'il savait c'est que normalement, dans cette forêt, il n'y avait pas d'animaux dangereux. Cette idée suffisait à le rassurer sur au moins ce point : Paul ne finirait pas dévoré par un ours ou un coyotte.

— Paul ! Paul ! continuait-il de crier malgré le silence absolu qui lui répondait.

Et c'est à l'instant là qu'il les entendit, les rires d'enfants. Comme si ils étaient des dizaines. Des rires cristallins, aigus, comme d'enfants très jeunes. Venant de tous les côtés, du dessus, même dans sa propre tête. Il se tint la tête à deux mains et la secoua énergiquement, il pensait devenir fou.

— Paul ! Arrête tes conneries ! Reviens !

Mais encore une fois, ce n'est pas la voix de son fils qu'il entendit, mais ces rires. Encore et encore. Mike tourna sur lui-même plusieurs fois, les mains toujours sur la tête. Il voyait défiler devant lui de la verdure, encore et encore. Mais il ne vit rien d'autre, pas d'enfants, personne... Puis d'un coup il n'entendit plus rien. La forêt était redevenue silencieuse. Même les animaux s'étaient tus. L'air était devenu lourd, le vent avait disparu. Mike avait peur, sans savoir pourquoi. Son instinct lui disait de partir, mais il ne pouvait pas. Il songea à son fils qui avait dû être terrorisé par l'étrange évènement qui venait d'arriver. Il se l'imaginait trop bien, assis par terre, les genoux relevés jusqu'au menton et récitant son générique de dessin animé préféré pour se changer les idées. Cette idée fit pleurer Mike d'un coup, et il hurla, comme il ne l'avait jamais fait jusque là...