Horror Stories

Bain de minuit

auteur : nobodyhere

publiée le 2020-09-27 11:24:18

LEGENDE, VACANCES, NOYE


C'est les vacances d'été, et comme beaucoup de personnes, je suis bien content d'avoir terminé mon année scolaire, et de pouvoir me détendre, et relâcher la pression des cours.

Et l'endroit que j'aime le plus, c'est la mer. C'est un endroit à couper le souffle, et sous les fonds-marins, tu n'es plus dans la civilisation, tu es dans un monde à part, seul, entre les merveilles échouées ou enfouies ou alors les trésors rares coincés entre deux coraux.

Les bruits des voitures et le brouhaha de la ville sont remplacés par le silence apaisant des eaux calmes et les algues liées à leurs rochers nous caressent tout doucement les pieds, se dandinant selon la direction de sa locataire bleue.

Et comme chaque été : je vais à la mer avec ma petite famille pour une durée de deux semaines dans un bungalow attirant les mouches et les insectes.

Cet endroit est époustouflant, et nager dans les eaux troubles de la mer me procure de la joie, enfin, ça me procure aussi d'autres émotions, mais... Je ne saurais pas les décrire. Parfois, il y a des choses inexplicables, mais pourtant si simple, dans la vie. Et mes émotions en font partie.

Et après deux jours de trajet en voiture entre l'odeur de café qui a taché mon chemisier et la météo de la Bretagne tantôt pluvieuse tantôt trop ensoleillée, nous sommes finalement arrivés à destination.

Tandis que mon père se trouve une place pour se garer, je réveille mes deux frères qui se sont endormis, l'un sur l'autre à cause du trajet.

Quand ils ont ouvert leurs yeux à moitié fermés par le sommeil, ils se sont redressés, et ont plongéleurs phares en direction de l'étendue bleue turquoise agitée.

"Il y a du vent, dit ma mère."

Effectivement, on pouvait voir la mer se battre contre les rochers, et voir son écume se déverser vers la plage, tandis que le clapotis produit par les vagues résonne comme un fond sonore, persistant, mais discret.

"Parfait pour faire du surf, s'écria mon frère, amateur du célèbre sport de Los Angeles."

Une fois sortis de la voiture contenant notre confinement de 48 heures, dans une synchronisation incroyable, on baille et on s'étire comme jamais, avant de sortir quelques sandwichs poulet-mayonnaise avec un peu de salade - tu comprends fiston, la salade, c'est bon pour la santé, et 5 fruits et légumes par jour - ainsi que des briques de jus d'orange bon marché pour remplir nos estomacs vides, qui réclament des vitamines et des protéines.

Repus, las, et la nuit étant tombée, on se dirige tous vers notre bungalow infesté par les insectes, et on s'écroule littéralement dans nos lits, à la recherche de confort et d'oreillers moelleux sur lesquels déposés nos têtes chargées de souvenirs et de fatigue.

Les premiers rayons de soleil viennent s'infiltrer dans le bungalow à l'aide des fenêtres grasses (dû à la négligence), et vient me gêner dans mon sommeil, jusqu'à me réveiller.

C'est l'aube. Je dois me lever, on a prévu une tonne de choses à faire, alors, je regarde vite fait sur mon portable, et j'essaie de me connecter sur une application d'écriture au nom "D'Histoire d'horreur", malheureusement, même avec ma 4G, je ne capte pas assez de réseau. Tant pis, j'irais voir à la fin des vacances, ou dans un lieu public.

Mais pour l'heure, il est temps d'aller se changer, et de se laver. Comme je n'ai pas de douche dans la boite roulante me servant d'abri, je n'ai d'autre choix que d'aller dehors afin de purifier mon corps.

Je prends un seau d'eau froide - l'eau chaude ce n'est pas vraiment mon délire - avant de sortir hors du bungalow.

Quand j'ai fini ma toilette, je me rends compte d'un petit détail assez embarrassant pour la suite de la journée : j'ai oublié mes vêtements dans le bungalow.

Erreur magistrale de ma part, "ah bah bravo Thomas, super pour les vêtements, t'es un sacré petit c*n !" comment je vais m'y prendre pour récupérer mes vêtements sans me faire repérer ?

Je prends le seau et je le place à un endroit stratégique, avant de me diriger à tatillons vers le palier du lieu contenant le trésor sacré "Vêtements Normaux". Finalement, j'y suis arrivé, sans être interrompu, je lâche mon seau et je me dirige précipitamment près de la sortie, quand mon père ouvre la porte de celle-ci de l'extérieur.

Alors là, je ne m'y attendais pas. Il me toisa de haut en bas, avant de me regarder dans les yeux, en me questionnant du regard "Pourquoi ? " est lisible dans ses yeux bruns. Je détourne le regard gêné, et mes joues commencent à prendre feu par honte, avant de répondre d'une voix aussi petite que celle d'une souris que c'est un juste un oubli.

Il me laisse passer, et je me change directement derrière la porte, en espérant qu'il n'y ait personne d'autre.

À part ce moment gênant, la journée s'est bien passée, et drôlement vite d'ailleurs, nous sommes allés au restaurant le midi, j'ai pu prendre une photo gênante de ma sœur en train de se curer le nez, parfait pour son anniversaire qui arrive prochainement, tandis que mon frère se barbouillait de sa glace chocolat-noisette.

L'après-midi, nous sommes allés faire un tour au supermarché pour préparer une petite soirée feu de camp, avec un petit livre spécial sur des légendes locales. Et après, nous sommes allés nous baigner dans la mer calme cette fois-ci, et la température de l'eau était parfaite, quoique parfois elle virait plus dans le froid. Mais ce n'était pas grave, parce qu'on était heureux.

Il est actuellement 20h53, et mon père commence à faire un feu, tandis que ma mère sort la soupe à la citrouille - tu comprends chéri, le soir faut manger léger, du coup, c'est soupe tous les soirs, et c'est moi qui décide de ce qu'on mange, sinon t'es privé de dessert, c'est dommage en plus on a des chamallows, tu ne voudrais pas rater ça Thomas ? - avant de renverser le contenu de sa brique de soupe dans une petite casserole maintenant grâce à deux bâtons de bois assez longs, trouvés près de la voiture.

Une fois le liquide orange avalé par tous, nous passons enfin au moment que tous les gosses attendent avec impatience quand tu fais des feux de camp : les chamallows avec des biscuits au chocolat trop bon, accompagné d'une pincée de frayeur et de rire autour du feu de bois.

1, 2, 3 4 broches en bois présentées ! Le compte est bon, on peut commencer.

On enchaîne les marshmallows, tandis que légendes et rires défilent à la même vitesse des aiguilles d'une montre, c'est-à-dire trop rapidement. Ce sont ces moments en famille, que j'aime. Parfois, tu as envie que le moment que tu passes actuellement ne s'arrête jamais, et là maintenant, c'est mon cas.

Tandis que ma sœur renonçait à un marshmallow, parce que son système digestif n'en pouvait plus, c'était au tour de mon père de raconter une petite histoire qui fiche les boules pendant 3 heures. Je pense qu'on devra bientôt aller se coucher, il commence à se faire tard.

"[Père] Vous connaissez la légende de la mer agitée ?

[Sœur & Frère] Hum non ?

[Mère] Ah oui je la connais ! Raconte leurs, chéri !

[Moi] Ça parle de quoi ?

[Père] Eh bien, d'après les dires, ceux qui tentent de nager dans la mer juste à côté à minuit, disparaissent enfouis sous les catacombes mystérieuses de la mer, et plusieurs témoignages confirment cela ! Mais d'après d'autres, il ne s'agit que d'une simple légende comme une autre.

[Mère] Ahah, oui, les avis sont très partagés en ce qui concerne cette histoire, et si on allait dormir ? Il se fait tard, ouhlala déjà 23h41, allez hop hop hop, Timothée, Morgane, Thomas, allez vite au lit !

[Moi, Morgane, Timothée] Oui M'man."

Alors, moi et ma fratrie, on se dirige vers le bungalow, et tandis qu'ils dorment déjà, je reste là, en pyjama, les yeux rivés sur les lattes du lit au-dessus du mien, et je réfléchis à cette histoire de mer.

De nature rationnelle, j'aurais en temps normal de suite classée cette histoire en "faux", "imaginaire", "un délire de gens qui ont trop bu".

Mais, enfin, je ne sais pas trop. Quand on est sur le lieu de quelque chose, ça a l'air si réel, on ressent la sensation d'adrénaline couler dans notre sang, et garder éveillé pendant 3 nuits notre esprit créatif, à la recherche de théories superflues et totalement pas crédibles, mais ces moments sont si... uniques ?

C'est alors qu'une idée de génie vient toquer chez mon cerveau :

Pourquoi ne pas tenter l'expérience moi-même ? Et si je pouvais aller là-bas nager ? Moi qui ai toujours aimé les fonds-marins, ainsi que plonger, pourquoi pas ?

Puis quelque chose d'autre vient me percuter :

Un jour, dans un dessin animé, l'héroïne d'espèce animale à la robe rouge se rendait à une soirée pyjama organisé par son amie Zoé Zebra, et Peppa, tel est son nom, a voulu faire ce qu'on appelle un festin de minuit, mais il existe également "les bains de minuit".

Alors pourquoi pas essayer.

Par contre, j'espère que mon père ne débarque pas au milieu des rochers et me sort une phrase fatale du type "il a grandi depuis le temps !", sinon je risque de m'enterrer sous le sable mouillé.

Il est minuit moins le quart, et je sors du bungalow en essayant d'être le moins bruyant possible, avant de me précipiter vers la plage.

Je me suis renseigné, avant de foncer tête baissée dans cette situation risquée.

Les bains de minuit, c'est nudité et admirer les étoiles tout en nageant dans les eaux calmes et salées de l'océan.

Je me déshabille alors, et je place mes vêtements sous une grosse branche morte.

Nu, libre, seul, je sens toutes mes émotions partir d'un coup, pour laisser la place à un sentiment de totale liberté, d'être comme si je suis seul au monde, et que le pouvoir m'appartient.

Je me mets alors à sauter de manière grossière, appréciant le vent qui caresse les cheveux blonds, et l'euphorie monte en moi, pour laisser la place à un adolescent, non que dis-je, à un jeune homme totalement différent.

Sur ma montre que j'ai soigneusement gardée, il est indiqué que dans 2 minutes, on est le 15 juillet 2020, et que par conséquent, je vais devoir me jeter à l'eau, littéralement parlant.

Un pied devant l'autre, l'eau commence à lécher toutes les parties de mon corps, jusqu'à atteindre ma nuque. Je m'arrête net.

Les palmiers visibles au loin près du bar-supérette-boutique à souvenirs sont grands. Les rochers près de l'eau donnent l'illusion de flotter, tandis que le silence est maître des lieux, malgré le cortège des criquets en arrière-fond.

Malgré tout, c'est un peu malaisant, tout ça, je ne saurais expliquer pourquoi. Peut-être est-ce à cause du décor, sombre et étrange ? Ce n'est que mon impression, mais la nuit, j'ai l'impression que le décor est parti, remplacé par une version plus effrayante de lui-même, les mêmes détails, le même endroit, mais, la version nocturne a quelque chose de... Particulier.

Il est minuit, et tandis que je bougeais un peu dans l'eau, à la recherche d'un quelconque mouvement marin, une ombre se dessina dans l'horizon.

C'est une vague, très haute, la crête doit se trouver à au moins 10 mètres, tandis que je me retrouve comme piège dans une bulle invisible, mais présente. La température se réchauffe, et le décor n'est plus le même, la civilisation n'est plus, remplacée par des étranges ruines, qui semblent datées d'une époque antérieure à l'actuelle, tout est si... étrange.

La bulle éclate. Tout devient noir autour de moi, et je me noie. L'eau vient m'envahir de tous les côtés, tandis que les poumons brûlent à cause du manque d'oxygène.

Mes articulations bougent de manière anormale, et je me mets à essayer de remonter à la surface, tandis que les fresques à la décoration divine me toisent d'un œil mauvais.

C'est impossible, je ne pourrais jamais remonter à la surface, je suis bloqué, bloqué dans une ville enfouie sous les flots agités de regrets.

Bon sang.

Je n'arrive plus à respirer.

Foutue légende.

Je n'aurais peut-être pas dû tenter ce truc stupide.

Je suis à présent avec toutes les personnes qui ont essayé de défier cette légende.

Mort.

De noyade.


Je tombe alors dans les fins fonds de l'océan, avant d'atteindre le fond de cette mer agitée, pour devenir un simple squelette parmi tant d'autres.


Foutu bain de minuit.


Driller_killer
2020-09-27 15:46:31

Superbe, mélancolique et... c'est le drame ! Bien joué Nobody