Horror Stories

Mon p'tit monde

auteur : Driller_killer

publiée le 2021-04-05 22:59:56

GAZETTE, JOURNAL


Vous avez été nombreux à penser que j'devais être internée. (vous avez totalement raison en vrai)

A me demander d'où je sortais mes textes farfelus et dérangeants.
(nombreux ? Pas sûre, mais laissez-moi rêver un peu... gloire tout ça, tout ça...)
Vous êtes toujours aussi nombreux là ? Ouais ? C'est bien ce que je pensais, alors j'vais vous donner aujourd'hui la recette des cookies pralinés.

Alors il vous faut :

-200 gr de farine (type 55 conviendra très bien)
-2 oeufs (frais si possible, sinon tant pis pour vos poires)
-666 kilos de beurre (pas demi-sel bande de shlags, pas dans la pâtisserie ! SHAME)

Ouais oké, j'arrête. Aujourd'hui j'vais vous parler des choses qui m'influencent pour écrire mes textes tordus et qui m'influencent tout court dans ma folie douce.

Par où commencer...

La jeunesse of course !

J'ai commencé la lecture jeune, certains le savent, avec "Un sac de billes" de Joseph Joffo, (je suis passée chez le Comtesse de Segur après ça, chaud patate !) on est clairement aux antipodes de ce que j'aime lire et écrire, mais à l'époque, ce livre a eu tellement d'impact sur moi, que ma perception de la vie, de la douleur et donc, je me suis dit, PLONGER DANS DES LIVRES, mais c'est LA VIE !

Il n'y avait rien pour lire à la maison pour mes frères et moi. Juste les bouquins de ma génitrice (des livres sur les enfants maltraités et du terroir, sacré palette hein) Alors la BCD et le CDI ont tout naturellement été mes refuges lors des périodes de calme entre les cours. J'étais déjà une dévoreuse de livre. Je suis passée des BD aux romans, et ensuite, tout naturellement, aux romans horrifiques. (d'abord les bons vieux "Chair de poule" et autres fantaisies jeunesse du genre)

J'ai découvert King, Barker, Werber, Del Toro et consors au lycée.
Je suis tombée amoureuse de "Rage" de Bachman (aka Stephinouchet). Je l'ai lu, relu, re-relu... J'étais hypnotisée par les émotions que les mots dans ce vieux bouquins me faisaient ressentir. Jubilation malsaine, obsession pour le circuit mental que Charles expérimentait. J'vous jure, j'étais en mode : putain mais what the fucking fuck de bordel de merde !

Peu de temps avant, j'entrais dans l'école avec un couteau.

Avec l'idée stupide d'attaquer quelqu'un. Juste pour qu'on me foute en taule. Pour échapper à ma famille. Et parce que je n'avais pas d'amis. Tout le monde se foutait de ma gueule. Imaginez le tableau. Grave non ? Rassurez-vous, je n'ai jamais sorti le couteau. Je n'aurais jamais pu, en vrai, faire du mal à quelqu'un, volontairement, juste dans ce but là.

Ce bouquin, j'crois carrément qu'il m'a sauvée de ma folie, celle de cette époque du moins. Contrairement à d'autres jeunes qui ont été influencés par l'oeuvre pour passer à l'acte, moi j'extériorisais tout en tournant les pages, en comprenant Charly. J'ai jamais cherché à savoir si on devait le condamner. Moi je le condamnais pas. Je le comprenais. Même si nos vies étaient différentes, je savais ce que c'était. Etre différent. Avoir la rage. Vouloir le faire payer. Vouloir comprendre les autres, sans y arriver.

Bref, Rage fut mon premier détonateur psychologique, mon premier médicament. Et l'une des oeuvres que j'ai eu le déplaisir de voir cesser l'édition à cause de sa soi-disant mauvaise influence.

Et ensuite

Après ça, j'ai commencé à lire, regarder et avaler tout ce qui pouvait toucher au travers de l'âme. Le monde de King, et d'autres livres avec des personnages principaux assez déglingués, et ça, depuis cette époque et encore maintenant. J'ai en tête "Une putain d'histoire" et "Une histoire de fou" (respectivement de : Bernard Minier et John Katzenbach) par exemple. Des personnages atteints de maladies mentales, qui vivent des choses pour eux tout à fait normales mais socialement incompatibles. Moralement non plus d'ailleurs.

Bref, tant d'oeuvres avec le mental en principal personnage.

Je n'ai pas une grande culture pour vous expliquer mieux, mais j'pense que vous avez saisi mon univers favori. Attention, ça veut pas dire que je kiffe ça, ou que je veuille devenir comme eux. J'sais pas d'où vient cette fascination pour la folie.

Dernièrement, ceux qui me suivent le savent, j'ai accroché comme si j'pêchais une bouée dans un océan de merde : Borderline. L'oeuvre de Zoë Hababou, qui a un écho en moi, un truc de fou. On retrouve encore cette fascination pour un esprit complètement pété qui cherche sa rédemption dans un monde qui n'est pas le sien. Je le comprends. Vraiment. (Mais vous savez ce que j'en pense je crois !) (et bien que l'essence du livre soit la conscience de toute chose et surtout de soi-même, expliqué avec des mots et des métaphores que moi-même je n'utilise pas (remerciez ma médiocre pensée et mon manque cruel de culture et de vocabulaire... Non, remerciez-le pas en fait...)

Voilà, pour la partie pétée de mon âme, de mes textes. Toujours ce petit brin de normalité dans l'horreur, ça vient de là. De cette fascination pour la non-normalité, qui est la normalité pour ces esprits. Un truc dingue, complexe que je n'arrive toujours pas à comprendre vraiment. Ce qui, paradoxalement, me fait écrire ces choses. Ma fascination inversée en quelque sorte. Mes persos sont normaux. Ce qui leur arrive, moins.

La musique y est pour beaucoup aussi. Je n'ai pas de genre de prédilection, je peux écouter Marilyn Manson en boucle pendant des heures, du Manowar puis passer à de la musique indienne, en passant par de la bonne vieille variétoche, ya toujours un truc qui m'inspire dans la musique, pour peu qu'elle veuille transmettre quelque chose et non pas faire du buzz. La grande majorité de mes textes sont écrits avec un fond sonore, et parfois (plus rarement) ils sont carrément les déclencheurs de ceux-ci.

Ensuite, le visuel et la part d'ombre

Quand j'étais petite, j'ai baigné dans les films d'horreur dès mes 7 ans. Chucky fut mon premier cauchemar. J'ai plus jamais joué avec ma poupée Cricket -la conasse parlait ! Sans déconner, y avait un lecteur cassette dans son dos- ... Puis Freddy, Vendredi 13, Amytiville, Evil dead et tant d'autres.

Plus tard, mon fiancé me faisait découvrir La maison des 1000 morts, Vol au dessus d'un nid de coucou, Une vie volée, Shutter Island, Tusk, ... Et tant d'autres... On a cette petite habitude (moins ces derniers temps la faute aux marchés aux puces devenus inexistants) de regarder un film d'horreur par soir, depuis des années, ça en fait !

Et je crois que cette orgie de film, tout au long de ma vie, m'a insensibilisée à l'horreur même. Petite, je me mettais à la place du tueur pour ne pas avoir peur, et ça fonctionnait. En vrai, j'ai toujours eu plus peur du monde réel que des monstres, aliens et tueurs en série, des fantômes et autres choses invisibles mais néanmoins dangereuses. (Poltergeist fut l'un de mes premiers films d'esprit malfaisant, et l'un des meilleurs.)

Là, on entre encore dans une autre fascination : les tueurs en série. Bien que je sache l'horreur de ce qu'ils sont, j'ai une légère tendance à "admirer" leur "taf" (pardon...). La méthode, les raisons, l'enfance de ces meurtriers, le chemin qui les a "conduit" à ce qu'ils sont. Leurs actes, la noirceur des messages qu'ils veulent passer inconsciemment... C'est un truc de fou.

Au delà de la réalité, la fiction s'y rejoint. Hannibal Lecter étant mon préféré. Son intelligence, sa classe, son cynisme, son mépris... Il idéalise, à mes yeux, tout ce que je viens d'énoncer : une bombe quoi. (promis, je consulte après cet article)

Interrogations

J'ai jamais su si j'étais normale ou timbrée. J'ai jamais vraiment cherché à le savoir. Bien qu'ayant déjà été internée, les seuls troubles qui ont été dépistés (hors tendances suicidaires à l'époque, raison de cet internement dont je ne garde que peu de souvenirs - ils avaient d'excellent cachtons, plus de mémoire !) furent des troubles du comportement. Liés probablement à mon enfance chaotique. J'ai pas mal évolué depuis : je sais me tenir en société. Je sais ne pas attirer l'attention sur moi, ne plus la vouloir.
Société que je haissais jusqu'à il y a peu encore, que je m'évertue à accepter, sur laquelle je compte pour que mes enfants ne soient pas malheureux en elle.

J'ai acquis les codes sociaux, bien que je ne les comprenne pas tous. Je suis devenue super sociale à tel point que je ne peux pas sourire à quelqu'un sans qu'il me raconte sa life.

Fun fact : une fois, rdv pour ma fifille chez un doc (psy à ses heures - pmi tout ça), résultat : j'ai passé 30 mn à l'écouter parler de ses déboires amoureux.

Fun fact 2 : je mets mon casque quand je sors, pour éviter ça, mais MALGRE lui, les gens s'approchent de moi, et je connais la vie intime de presque tout le monde dans ma ville. Je ne sais plus envoyer chier les gens.

Fun fact 3 : même en manif', entourés de gaz lacrymo et de cow-boys matraqués, les gens me parlent de leur misère, j'vous jure.

Donc, vous comprenez, entre la gonzesse d'avant qui voulait clamser, s'enfermer dans sa bulle de douleur à la mode emo, et celle d'aujourd'hui qui sert de mouchoir, il fallait un exutoire.

C'est l'écriture qui m'a permis ça. Pas intentionnellement. Mais depuis que j'écris vraiment, donc il y a peu, je vais bien. (bien que j'allais déjà mieux avec ce qu'on appelle la résilience depuis quelques années)
La vie des gens, mon incompréhension devant certaines situations, mes interrogations, tout ça, c'est mon essence. Je ne lutte plus contre, je l'accepte et m'en sers.

Le quotidien est la plus grande source d'inspiration que j'ai. Quasiment tous mes textes sont basés soit sur des broutilles (objets, musique) soit sur des personnes ayant réellement existé, soit sur des fantasmes morbides qui me traversent l'esprit. Une phrase que quelqu'un aurait dite, un geste, une histoire racontée que je transforme avec mes penchants chelous.

Bien sûr, c'est pas uniquement ça. Les auteurs que j'ai lu y sont pour beaucoup, et là, vous allez rigoler, mais Pierre Bellemare aussi. Lui, j'ai lu tous ses recueils. Sa façon de conter les histoires qui sont réelles, l'impact que ça a en quelques pages, ça m'a toujours fasciné. C'est de lui, je crois, que me vient cette adoration du format court. (paix à son âme papy Bellemare miskine)

Le mot de la fin

Voilà en gros, pourquoi vous aimez mes textes, parce qu'ils sont authentiques dans leur genre, dans l'horreur absurde, malsains. Et du coup, vous aussi, vous devriez vous poser des questions au lieu de me laisser seule dans ce bordel. Namého. (pardon pardon)

Allez, j'arrête. Pardonnez la longueur incroyable de cet article.
A tout bientôt.

Driller_Killer.




Driller_killer
2021-04-05 22:21:26

Thank you Axel !

Axel
2021-04-05 21:26:45

Bravo pour cette franchise. *Applaudissements*