Horror Stories

Tu ne seras rien, ma fille.

auteur : Driller_killer

publiée le 2021-02-09 11:14:14


J'avais envie de parler de volonté aujourd'hui. Parce que depuis quelques jours, heures, semaines, je vois sur les réseaux que je fréquente des tonnes de négativité. Des gens qui ne s'estiment pas, plus... Des gens qui jettent l'éponge, la plupart du temps par manque de reconnaissance, d'autres fois pour des problèmes plus personnels, peut-être même par besoin d'attention. J'avais envie de donner à ces gens un peu de niak, un peu de courage. Parce qu'un jour, j'ai été comme ça.

Pour être honnête, je l'ai été pendant vingt longues années. Peut-être même un peu plus. J'dis pas ça parce que je pense savoir comment aller, comment faire. Non, j'donne juste mon parcours de vie, et mon état actuel, juste pour vous faire piger qu'avec un peu de volonté, on peut surpasser tout ça, on peut foutre une baffe à nos démons et aller de l'avant. Quelque soit son projet, ou sa vie. Vous en faites s'que vous voulez. Ca me tient juste à coeur, parce que la plupart des personnes dont je parle, je les estime. Et ça fait chier.

Pour commencer, certains le savent, je viens d'une famille ultra maltraitante. J'ai entendu des "Tu seras une pute, ma fille" , "T'es bonne à rien", "T'es moche" etc... Imaginez ce que vous voulez, je suis sûre que je l'aurais entendu aussi. Mon surnom à la maison c'était "carone", un joli mot du coin, pour dire "salope allié à conasse" je suppose. Bref, je vais passer au dessus des détails sordides, mais vous pouvez aisément imaginer tous les travers du monde. Je me suis enfuie. J'ai rencontré mon amoureux. On a été SDF. On a sombré. Enfin, j'ai sombré, et sans mon amoureux, j'y serais peut-être encore, je vais pas mentir. Vous allez comprendre. Par contre, il est tout à fait possible de s'en sortir seul, j'ai rencontré des tas de gens plus tard qui ont rebondi d'une façon folle. Seuls.

J'avais ZERO estime de moi. J'étais la fille la plus moche du monde. La plus conne. La fille qui servait à que dalle. J'ai, en plus de ça, pas fait d'études. Mes parents ont jugé bon que je reste à la maison, c'était gratuit pour le ménage 'savez. Donc, ouais, j'étais tout ça.

Mon amoureux vient d'une famille "normale", ce qui me choquait assez. Il a jamais baissé les bras devant moi. Jamais. Et de mois en mois, d'année en année, j'ai réalisé que, même inculte, même sans bagage, j'étais quelqu'un. Quelqu'un d'important, que ce soit pour moi, pour lui... Et plus tard, pour nos enfants.

Avant d'en arriver là, j'ai fais des bêtises. Même alors que mon fiancé était là et m'apportait toute l'attention dont j'avais besoin, envie... La seule issue qu'on croit possible. La grosse bêtise, et j'ai failli y rester. Je suis passée de psy en psy, ça n'a servi à rien. J'ai été internée, ça a été pire : la prison. J'voulais juste de l'air finalement et qu'on m'laisse penser. Leurs médocs ? Une prison mentale. Le seul truc, ça a été les années, et l'expérience de la vie. Voir le sourire des gens quand je discutais avec eux. Voir mes enfants m'appeller maman avec cette douceur que je n'avais pas connue enfant. Voir mon amoureux me demander en mariage. Voir mon visage se creuser de sillons, de rides, celles du rire, comme on dit. Même mes cheveux gris ont trouvé grâce à mes yeux. Parce que tout ça, c'est moi. Je me trouve belle. Je me trouve intéressante. Tout ça, c'était de palier en palier. Parfois, je rejetais mon homme, par peur de le contaminer avec mes sales pensées. Seule ma meilleure amie est au courant de tout mon parcours, donc c'est énorme que je vous le livre. Puis un beau jour, j'ai aimé la vie. Je me suis aimée. Pourtant j'ai pas une vie transcendante, mais elle me convient. Je fais ce qui me plait, un point c'est tout. J'ai des objectifs, des raisons de faire tout ce que je fais, que ce soit en écriture, dans ma vie de mère, dans ma vie pro. Parfois je me décourage, mais ça dure pas, il me suffit de revoir le parcours de malade que j'ai accompli, tout ce que j'ai surpassé, et me vlà repartie.

Vous savez quoi ? Je vous aurais jamais dis tout ça il y a dix ans. Jamais. J'ai fait tout un tas d'activités à la maison, à défaut d'avoir envie de bosser. Couture, tricot, crochet... J'étais vachement douée. Mais l'destin ya joué au con : canal carpien à 27 ans. MDR. Ils veulent pas m'opérer, je suis trop jeune, ça va revenir. Je pouvais plus coudre rien. Depuis, de l'arthrite, assez sévère parfois, incapable de plier les jambes... Des migraines atroces... De l'hypotension... Bref, la santé c'est pas ça du tout, mais, je respire. Et j'en suis heureuse. Depuis ma libération, j'écrivais à droite, à gauche, journal en ligne, poèmes, petits textes sur short edition. Sans plus de conviction parce que quand j'étais môme, ma génitrice se foutait de ma gueule. Je savais pas écrire, disait-elle, je me taperais la honte.

Aujourd'hui, j'ai un recueil édité qui a l'air de plaire. J'écris tous les jours. Partout. Depuis que j'ai édité mon livre, j'ai le sourire aux lèvres en repensant à mon enfance et mes débuts dans ma vie "adulte". J'l'ai niquée. J'ai niqué tous les mauvais sentiments qui persistaient. Déjà depuis quelques années, j'allais bien. Il restait juste une case vide en moi. Je l'ai comblée par ma passion. L'écriture. Et ça, foutre un coup de pied à la vie, je l'ai fait seule. Avec de la volonté. C'est soit ça, soit rester dans son p'tit confort défaitiste. Même entourée comme j'ai la chance de l'être. Depuis quelques années, je ne m'apitoie plus sur mon passé, ça sert à rien, et finalement, il a contribué à ce que je suis devenue. Forte. Peut-être que sans ça, j'aurais été différente. C'est désormais une arme pour moi.

Avant de conclure, clin d'oeil à un mec que j'estime beaucoup, mes histoires, je les avais envoyées en maison d'édition. Plusieurs refus. Rien à foutre. J'ai pas baissé les bras pour autant. Y avait pas de demandes de ce style, c'est tout.

Les gens. Niquez vos mauvais sentiments, peu importe ce que vous avez vécu. Peu importe vos traumatismes. Peu importe les retours. Vous seuls pouvez bondir. Personne le fera à votre place. Ayez juste envie. Et faites le.

Voilà. Coeur sur vous.




Driller_killer
2021-02-08 18:31:46

Je te le souhaite Maritza ! Vraiment ! Tout le monde mérite de voir le soleil ! Et tes boulets n'en seront plus un beau jour ! Ils seront ta force !

Maritza
2021-02-08 18:06:49

♥_♥ j'aime beaucoup. Ça fait un certain écho en mwa en plus... J'admire ta force, je me traîne toujours quelques boulets aux orteils ! Un jour, j'irai plus vite ! ♥
Merciiiii pour ce texte !