Horror Stories

Borderline Niveau -1 : Le Labyrinthe

auteur : Driller_killer

publiée le 2021-01-10 18:53:05

CRITIQUE, LECTURE


BORDERLINE Niveau -1 : Le labyrinthe
Auteure : Zoë Hababou (elle est dispo sur Twitter (pardon))
Disponible sur Amazon -
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J’aime autant vous l’dire tout de suite, j’ai putain d’adoré, peut-être encore plus que le premier (cf article : Borderline Niveau -2 : les souterrains).

Il se passe quoi là-dedans ?

On voit, on lit, on ressent quatre périodes de la vie de Travis : celle du centre en compagnie du gros batard de Fletcher, celle où lui et Tyler sont dehors, libres et sauvages, celle où ils sont aux prises avec la société merdique à travers leur consommation de drogue, et enfin, celle où Travis entre dans le monde des plantes et de la connaissance intérieure, en compagnie de son curandero, le vénérable Wish.
Et aussi, une cinquième qui est un peu plus distante dans le livre : la période où il raconte tout ça à son Jaguar. Son présent. (je suppose)

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ATTENTION RISQUE DE SPOIL (à demi-mots)
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Pourquoi j’ai aimé (kiffé, adoré, tout s’que vous voulez) ?

Déjà le livre en lui-même, bordel qu’est-ce qu’il est beau ! La couverture pète ! C’est l’genre de livre que t’es ravi de ravi de putain d’ravi de mettre en évidence dans ton appart en bordel, ça ajoute une classitude de fou ! (véridique !)

Ensuite, entrons dans le vif du sujet !
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*** La promiscuité avec Travis - Tyler - transgression ***

Ce qu’il dit cette fois, même si c’est la suite directe du premier, est extrêmement intimiste, il se livre ENFIN pour de bon, et j'dois avouer que j’attendais ça, surtout sur l’histoire avec Tyler, c’est quelque chose qu’on ne devrait (je dis bien devrait, dans notre monde) pas approuver, pas espérer, pas pleurer… J’aurais p’têtre dû être gênée de ce qu’il disait, mais non, j’vais pas mentir, ça m'a plu. C’est comme si c’était normal, et peut-être que ça l’est. J’m’en fous. J’ai adoré cette ode à l’amour, comme j’en n’ai jamais lue. Cette ode à la vie qui a été bafouée, déchirée, annihilée. (j’ai hâte de savoir comment même si j’appréhende de pleurer ma mère)
Travis, ce bonhomme emprisonné dans sa conscience, il déballe tout. D’une façon pas catholique du tout, tellement naturelle, fidèle à lui-même et ça, j’adore. Pas d’entrave avec les protocoles. La transgression des “règles” humaines, à l’état brut. Il claque tout.

T’aimes pas s’que tu lis ? Il s’en bat les couilles. Lui, il raconte sa vie, sa tête, sa sœur, son cœur, son âme, c’est tout. T’es pas à l’aise avec ça ? Ferme ce livre, t’es encore trop fragile, trop ancré dans ton monde, notre monde, et tu capteras rien à ses messages. Tu capteras rien à ce qu’il vit, ce qu’il a vécu. Rien sur le monde. Rien sur la conscience. La nature. La vie.

Sa relation avec Tyler, elle est belle, puissante. Elle ? Une boule de chair endolorie, dans le monde, lâchée dedans comme un boulet d'canon. Souffrance, recherche, elle dévale la pente de la vie, jusqu’à vouloir atterrir. Bam, comme ça. Et la façon dont Travis le raconte apporte une dimension, une réalité, comme si Tyler, vous la connaissiez aussi. Que vous saviez ce qu’elle pensait, ce qu’elle ressentait. C’est fou, incroyable. Puissant.

"ça me donne envie de me jeter du haut de cette falaise, et de voler comme un aigle et de m'écraser au sol et de courir jusqu'au bout du monde pour m'enflammer avec le soleil"

Leurs émotions qui sont étalées au fil du livre, les mots choisis pour ça. J’sais pas comment dire mais ça marque au fer rouge. J’me suis sentie malheureuse parfois. Pour elle, pour lui, pour eux. On a envie de rentrer dans l’bouquin pour les aider, les guider, mais après, on s’rend compte qu’on peut pas, y a qu’eux qui peuvent, qui savent. C’est leur destin. Leurs pensées. Ils sont des électrons libres, et la puissance de leur amour les enferme dans une bulle d’acier. Rien à faire, circulez, ils savent ce qu’ils sont, ce qu’ils font.
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*** Leur passé - consommation - communion ***

Travis, Tyler, et la drogue. Les cons (désolée Zoë), ils sont tombés dedans en croyant des trucs, ils ont vite déchanté. J’sais pas encore comment ils s’en sont sorti, mais ils ont l’air mal barré. Les bougres se trouvent confrontés à ce qu’ils méprisent : le contrôle de leur tête et leur corps par le monde. Ils se trouvent confrontés au DEVOIR de trouver de quoi se fournir, au point d’en arriver à faire de la merde. Raté les cocos. Contrôle ? perdu. Z’avez essayé. Faut s’barrer maintenant.

J’ai apprécié de lire cette période de leur vie, de voir qu’ils n’étaient finalement, que des êtres humains.

En dehors de ce passé là, ya aussi le camp de redressement, et ça putain, qu’est-ce que c’était dur. Y le Fletcher de ses morts qui essaye de les réduire à que dalle, de faire d’eux des merdes. J’espère sincèrement qu’il n’aura jamais réussi à les soumettre une seule fois. Qu’il sera mis face à la vérité : il ne peut contrôler le monde. Il ne peut contrôler des esprits VIVANTS, tels que ceux de Travis et Tyler.

Et leur épopée sauvage. Quelle vie, quelle énergie. Un road trip de malade, entre eux deux et le monde. Eux deux et la nature. Eux deux et LEUR nature. Une scène m’a particulièrement marquée. J’peux point trop en dire, mais elle était d’une puissance incroyable, d'un érotisme explosif.

Ils sont en communion avec les éléments. On les voit délirer sous la pluie, sous l’orage, sur le capot, sur la route. Une symbiose avec la Terre, dans laquelle ils ne font qu’un. On ressent là, dans ces passages, la sauvagerie naturelle, la souffrance de Tyler, que Travis comprend, qu’il encaisse, qu’il essaye d’avaler en lui. Aux dires de Travis, Tyler, c’est une entité à elle-seule de l’univers, qui vit, qui respire, qui répond au monde et à son homme. Une entité qui ne demande qu’à rejoindre son giron, là où est sa place.

“Mon étoile, ma sirène, mon diamant fou”...
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*** Evolution - Découverte - Wish ***


Au travers de ce deuxième tome, on voit une évolution. On était parti sur un sentiment de puissance dans le premier tome, un Travis qui disait ce qu’il savait et qui savait ce qu’il disait. Des certitudes. Tout vole en éclats ici. De la force on en vient à la perdition, la faiblesse. Et putain, on est content de voir cet homme se tourner vers Wish. De le voir accepter le cheminement qui est le sien. De le voir s’en prendre plein la tronche pour son bien. Parce que c’est ce qui doit arriver.

Wish, le curandero qui s’est trouvé sur son chemin, l’amène à se voir intérieurement. Il va en faire une sorte de p’tit protégé et l’emmener au-delà de ses limites. Une escapade dans la montagne, des plantes, des paroles. Travis expérimente, comprend des choses, n’en comprend toujours pas d’autres ou ne veut pas. Un espoir de comprendre sa souffrance, de la guérir.

Et par-dessus tout, on voit les origines médicinales de Wish, un passage qui m’a fait pleurer, j’sais pas si c’est de savoir qu’il a vraiment existé, ou le ton du récit, mais ya une nostalgie de fou qui en ressort. J’vous jure j’ai pleuré, et ça m’a soulée. Zoë… tu fais chier. Heureusement, Wish il est tellement humain dans l’bouquin que l’humour dont il use fait bien rire et apaise entre deux souvenirs émouvants, les p’tites phrases claquées ici et là… Savamment dosé. Humain.

En dehors de Wish, de Tyler, ya le jaguar, le fameux jaguar dont on comprend enfin l’origine et l’existence. Le jaguar qui parle d’une façon hautaine. J’ai bien aimé le fait que le Travis du présent raconte tout ce qu’on lit à son jaguar, à lui-même au final, mais sous cette forme, c’est magique, tout simplement.

“tu veux que j’aille te chercher un sandwich” (mais j’ai claqué une barre sur cette phrase !)
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*** Conclusion ***

Encore. J’en veux encore. J’veux tout savoir. Sur Travis, sur Wish et leur chemin à deux, sur Tyler, sur le centre, sur le présent, sur tout.
C’est vraiment ce genre de bouquin que t’es déçu de finir. Qui te retourne le cerveau. Chaque fois que Travis s’emballe sur la conscience, la recherche de soi, de ses forces et tout, on a envie de faire pareil. De comprendre.
J’vais avouer un truc, j’suis une quiche en philo, j’ai jamais rien lu là-dessus, (hormi tout récemment sur le blog de Zoë) pour moi, c’était juste chiant. J’me contentais de penser ce que j’avais envie d’penser, et d’agir en conséquence. Mais Borderline, il met en tête, à la portée de tous, les premiers éléments à comprendre sur soi-même. Sur l’autour de soi. Sur nos capacités, à sentir, à ressentir. J’adore Borderline aussi pour ça, pour les remises en question qu’il a foutu dans ma tronche. Depuis le premier déjà, j’voyais la vie autrement. Sur beaucoup de points, je le dis dans mon premier avis, je suis en accord avec les pensées du livre. Avec ce deuxième tome, c’est plus profond. Plus ancré. C’est comme s’il confirmait, tout simplement, que nos cerveaux libres n’ont qu’à l'être. Tout simplement.
Conformisme ? Poubelle !
Bien sûr, on voit aussi les limites, et c’est bon à prendre. Il arrive des trucs à Travis qu’on n’envie pas, qu’on ne veut pas pour nous. C’est normal. Même dans le règne animal, ya des barrières. Mais ça s’arrête là. Notre esprit est à nous. Nous seuls. Pas touche. Pas malléable non plus. Il y a des limites. Point barre. Lesquelles ? A vous de le savoir, selon vos pensées.
Ce tome est comme son nom l'indique, un labyrinthe dans la pensée de Travis. Dont on commence à voir la sortie, peut-être.

“La connaissance , définitivement, était la connaissance de soi.
Et la clé de cette connaissance résidait dans l’expansion de la conscience.
Et ceci enfin ramenait à la connaissance de toute chose.”

Voilà. J’aimerais en parler des heures. Comme de coutume. Mais j’vous laisse vous faire votre avis. Vous s’rez pas déçus du voyage !

Zoë, merci pour ces fabuleux ouvrages.