Horror Stories

Surface

auteur : Driller_killer

publiée le 2020-12-26 20:52:25

DéMON, SUICIDE, DEPRESSION, ENFER


Cette jeune femme dans la brume noire me convient parfaitement. Cette femelle ne semble pas comprendre, ne semble pas voir les ténèbres enfumées qui l’enlacent. Je peux les sentir, elles me traversent de toutes parts. Dans le froid. Elle souffre mille morts en son cœur. Brisée. Seule chez elle, dans le noir. Le noir intérieur, le noir tout court. Pas de lumière, pas de bougie, pas de cette chose qu’on appelle télévision… Roulée en boule dans son canapé, en larmes. Et quel délice que ces larmes qui s’accrochent pathétiquement sur ses joues rouges, marbrées. Ces yeux gonflés, cette lueur désespérée dans leurs iris. Quel délice oui…

C'est elle, il me la faut.

Elle ne s'est rendue compte de rien. Tout juste a-t-elle coupé sa respiration, quand je me suis faufilé dans son souffle. Elle croyait qu'elle allait éternuer, mais ce n’est jamais venu. On m'avait déjà rapporté ce phénomène. Les humains sont si terre à terre. Nos hôtes ne songent jamais que nous existons vraiment, malgré les témoignages. Ils se jouent de nous en nous imaginant et nous montrant sur des images si faussées. Mais s'ils savaient comment nous sommes, réellement… Je me gausse, à l'intérieur de mon hôtesse. Et elle se touche le ventre, je la sens tiraillée entre la fatalité et la colère. Elle pense qu'elle va avoir ses menstrues. Nenni.

Le lendemain, elle se réveille, après avoir fait de nombreux cauchemars. Ils n’étaient que mes rêves. Elle est perturbée, je perçois ses battements de coeur rapides. Elle veut m'infliger une substance noire… le café. Il m’a recommandé de ne pas en consommer, cela fausse nos perceptions. Je lui tords l'estomac. Elle se ravise, tend notre bras sur notre ventre, le masse et boit un verre de jus de fruit. Immonde.

Elle s'habille. Même dans ma situation, je dois tout de même admettre que c'est joli, un corps d'humaine. Dommage que ça soit si frêle. Si puant. Et elle sort de sa demeure, ni mieux, ni pire que la veille.
Quel nombre impressionnant d'escaliers ici ! Et elle, elle veut prendre l'ascenseur !Cette machine qui vous rend encore plus ramolli… Non, notre corps doit se fatiguer, hôtesse… Je me concentre, fais se disloquer mes atomes noirs et bloque la machine. Et elle se résout à descendre à l'aide de ses jambes. Elle est énervée. Parfait. Quel délice.

On vient d'arriver à destination. Son travail de merde, d'après ce qu’elle pense. Elle déteste être ici. Elle ne supporte pas son supérieur, elle voudrait le voir crever la gueule ouverte. Quel manque de respect. Penser de si vilaines choses envers son maître. Je lui tords les nerfs optiques. Elle souffre et pleure en frottant ses yeux de ses mains sales et puantes. Puis j'arrête. Doucement, m'a-t-on averti avant que je ne remonte à la surface. Si l'hôte souffre trop, les autres humains s’empresseront de jouer au chevalier servant et ma tâche risquerait d'être écourtée avant l'offrande.

Son maître la rudoie, elle est en retard. Elle s'excuse, en larme à cause de la douleur et de l’agacement dont je me délecte. Lui, il la prend dans ses bras. Elle n'aime pas ça. Bizarre. Je la force à accepter ce rapprochement. Puis, pour faire bonne mesure, je guide ses mains vers la source de vie de son maître. Il est surpris, très surpris même, mais on dirait que ça lui est très agréable. Il touche le postérieur de mon hôtesse. Elle a la nausée mais n'arrive pas à s'empêcher de le toucher en retour. Elle se met à vomir et je déteste ça. Alors je lui tords la matrice. Elle saigne. Elle croit encore à ses menstrues. Mais non, c'est juste que son ventre vient de noircir. Il n'accueillera plus d'humains celui-là.

Elle retourne à son appartement. Elle s'est fait porter malade. Fragile femelle… Le maître a été compréhensif. Il est bon. Sur le chemin, elle cogite. Et moi je me nourris. Ses pensées sinistres me donnent la force de la posséder. Bientôt, bientôt.

Je lui insuffle l'idée suprême.

Il me faut son âme. Je lui dis comment me la donner. Elle se dit qu'elle en a marre de cette vie de merde. Quel grossier langage, j’ai beaucoup de mal à m’y faire, quelle époque. Elle approuve mon idée, et ensemble, nous nous entendons sur la façon de procéder à cette offrande.

Elle monte les escaliers. Mais elle ne s'arrête pas chez elle. Je lui ai demandé d'aller plus haut encore. Son âme doit pouvoir toucher le ciel avant d'entrer dans les limbes. Pendant l'ascension, elle pleure, et elle vomit. Chut, belle enfant, ne t'inquiète pas. Tout est bientôt fini.
Nous sommes presque à la limite des cieux. D'en bas, on ne distingue que de petites choses. Des voitures, des humains, des collègues à moi… Je la fais se balancer sur le rebord. Elle pleure, de peur et de tristesse. Et elle se débat soudainement. Je crois qu'elle ne veut plus mourir. Parfait. Son âme vaudra encore plus cher. Allons… Allons… Saute !

Quel orgasme… Son corps se disloque sur le sol alors que les humains autour hurlent. Je vois son âme, si terne, si noire, s’élever juste au-dessus d’elle. Je lui prends la main, et nous descendons. Enfin…