Horror Stories

Lecture - Borderline de Zoë Hababou

auteur : Driller_killer

publiée le 2020-12-11 10:31:15

CRITIQUE, LECTURE


Bonjour à tous !

Hier soir, sombre soir de ma vie, j’ai fini “Borderline - niveau 2 : les souterrains” de Zoë Hababou, un des livres que j’ai eu la joie de gagner lors d’un concours sur Twitter (si vous avez lu ma p’tite critique sur Chimère(s) de Simon Perdrix, vous savez comment j’ai fait pour tout dégommer et m’emparer du jackpot).

Ch’sais pas comment, j’ai réussi à le lire aussi vite (ouais pour moi une semaine c'est rapide depuis que je suis mère) En fait si, je sais comment, déjà mes morveux étaient à l’école (personne me les a demandé, les annonces sur le net c’est d’la merde), ensuite j’ai zappé le ménage, ma vie tout court, à l’heure actuelle on est revenus à l’état sauvage ici. Zoë, je ne te remercie pas. (si)
Donc voilà, fini, n’a plus, kaputt… Plus rien. Ce vide quand vous refermez un livre, vous voyez ? Ben j’suis pareille là.

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Borderline, c’est quoi ?

J’sais pas comment en parler. Parce que Borderline, c’est pas un livre, c’est une conscience. Une conscience à vif, brute et sans masque. Borderline, c’est un voyage, un trip, à travers l’âme de Travis Montiano. Son trip à lui. Mais pas le genre de bad trip de défoncé non, un trip pur, qui remue, qui fait réfléchir, qui trace le film de sa vie, des raisons qui l’ont poussé à se retrouver quelque part en Amérique latine, sur un trottoir avec Son jaguar à ses côtés.

J’peux malheureusement pas trop en dire, parce que Borderline, c’est le genre de livre que vous êtes obligé de lire pour savoir. Tout. Donc ça se résume à ça : c’est l’histoire de l’histoire de Travis.

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Alors, ça donne quoi ?


“Suivez le truc, comme je l’ai fait, c’est tout ce qu’on vous demande”

Cette phrase, extraite du livre, m’a fait quelque chose, c’est à partir de là que je me suis dit : ça y est, il me parle, à moi. C’était un moment dingue, parce que jusque-là déjà, c’était assez intense, et ça a commencé. Le trip.

Parce que c’est Travis lui-même qui nous parle, et il le fait sans manière, brutalement, avec des mots et des images qui ne laissent pas indifférents. Il nous fait entrer dans son intimité, et plus on le fait, plus on en veut. Travis se parle aussi à lui-même. C’est un huis clos avec sa tête. Ses souvenirs, ses pensées, son parcours, ses démons, ses désirs… Travis a le don de vous parler comme si vous vous connaissiez depuis toujours. C’est un mec attachant, et plus d’une fois j’ai eu envie de le prendre dans mes bras, parce qu’il m’apparaissait d’abord comme une boule de souffrance. Puis ensuite parce qu’il était sincère. Les émotions que Zoë a su lui faire dire sont dingues, réelles. Pour un peu on pourrait entendre Travis, le sentir, le toucher, toucher sa conscience et lui répondre.

Ensuite, parce que le langage, parlons-en putain ! Super familier, super agréable à lire (pour quelqu’un comme moi du moins), Travis, il te parle comme s’il s’en foutait royal que tu sois là ou pas, il s’en bat les couilles de ce que tu peux penser, c’est d’ailleurs un des sujets de ce livre (plus ou moins) (même si y' a d’autres trucs dont j’parlerais après, si si tkt…) Les mots choisis sont parfois crus, authentiques même, parce que j’vois pas comment Zoë aurait pu faire autrement de toute façon, la nature même du livre aurait été totalement faussée. J’vois franchement pas Travis vous parler des gens et de lui avec un air pincé, le p’tit doigt en l’air et assis dans un salon de thé.

Travis nous parle de sa vie, de ce qui l’a amené à faire cette diète à l’ayahuasca dans la jungle avec l’homme qui a été mis sur son chemin, Wish. Travis est un Homme brisé, en quête de la paix si on veut simplifier, en attendant son heure avec un grand H. Au travers ce livre, on découvre comment il en est arrivé là, pourquoi (enfin pas tout grrrr). On découvre aussi quelques bribes de cultures américo-latine, chamanique aussi, ce qui rend le tout magique, limite.

Parce que dans cette conscience, dans ce livre, y’a pleins de leçons de vie, de mort, d’existence carrément, telle que nous devrions tous la voir. Ce livre n’est pas à la portée des gens trop carrés, trop pointilleux, trop dans le rangement, les cases… (ou justement si, peut-être même qu’il devrait être une bible) En tout cas, pour ma part, j’ai beaucoup été d’accord avec lui, Travis exprime des choses (au travers de ses souvenirs, sa façon de voir la vie et la mort) que moi-même je pense, à plus petite échelle. Des choses dont nous parlons tellement souvent avec mon compagnon, surtout depuis qu’on a des enfants qui ne rentrent pas dans le système…


J’aimerais citer quelques phrases qui m’ont beaucoup plues.

“Refouler, renier, tuer dans l'œuf chaque embryon de pensée. Et c'était nous les malades mentaux ?”

--> combien de fois, avec mon amoureux, nous nous sommes dis ce genre de choses… combien ? hein ? sérieux, on s’en est même pris des coups d’matraque à vouloir changer les choses… (spoil : ça fait pas du bien)

“Mais à la vérité, c’est que je suis reconnaissant à ma mère d’avoir été une telle saloperie de garce, si c’est à elle que je dois ce que je suis devenu” -

--> Cette phrase… J’pense qu’on est nombreux à pouvoir s’y reconnaître, mais tellement véridique. J’ai moi-même été… maltraitée, et depuis quelques années, j’me dis aussi que sans ça, j’aurais pas eu cette force aujourd’hui, ce mental à moi, ma vie tout simplement. Tout comme Travis, je m’évadais mentalement du coup (et des coups), dans les livres, dans ma tête. (la drogue en moins mdr) Cette phrase, elle m’a fait un gros tilt parce que je me suis dit que j’étais pas cinglée de penser comme ça au lieu de me lamenter… Une putain de révélation.

“Si ton esprit est assez fort, ils pourront jamais t’atteindre” (ça rejoint ce que je dis au dessus)

Ya tout un paragraphe que j’aurais aimé mettre, mais j’ai peur de trop spoiler, en gros il parle de la routine des gens. Métro boulot, dodo, déprime, métro, boulot, dodo, déprime et que personne cherche à changer cet état de fait. Tellement de sens, tellement réel.

Et tellement d’autres sur la mort, le but de la vie, la souffrance, les expériences auxquelles il se livre avec son âme soeur, la drogue, les défis…

Travis il nous parle de nous, de vous, de lui, d’eux… du monde et de son cerveau malade, embourbé dans la complaisance, dans son inconfort, son inexploitation. Et Travis, il a putain de raison sur beaucoup de choses. Il parle de la société, des ambitions, des lobotomies induites par l’éducation et la culture, de tout, et jamais de rien.

A chaque fois, j’disais à mon compagnon (je lis toujours à côté de lui, on a pas de place à la baraque hein) “putain t’as vu c’est écrit ça, et ça, et ça encore !”... il souriait, et je replongeais dans ma lecture.

Je pourrais citer le livre entier en fait. Mais faut que vous le lisiez. C'est le genre de livre que tu peux pas découper, il faut que le lecteur le lise en entier pour comprendre, pour juger, pour acquiescer.


Ensuite, parlons des flash-backs qui sont ma bête noire dans la littérature. Le livre en est truffé, c'est l'essence même de l'ouvrage en fait. Forcément. Le cerveau de Travis est déglingué par sa diète (son “traitement aux plantes”), sa souffrance, ses souvenirs, ses pensées, donc logiquement, il pouvait décemment pas nous livrer, dans l’état où il est, un récit linéaire. Impossible. Au début j’ai eu un peu de mal à suivre, puis en fait, si on l’écoute bien ce bougre-là, ça coule tout seul. On finit par comprendre à quel moment de sa vie on est dans chaque passage. Finalement, c’était même une super découverte que ce genre de lecture explosée comme l’est l’âme de cet hombre. (rappelons qu’il est en Amérique Latine au moment où il commence son dialogue avec nous)


Le livre se termine sur un suspens insoutenable. J’vous dis pas que j’ai hâte de lire la suite, ça sert à rien j’crois (la saga compte pour le moment 3 livres édités et il me semble qu’en tout, il y aura 5 tomes)

J’pourrais parler pendant des heures de ce livre, de Travis, essayer de comprendre certaines choses et tout (surtout ce jaguar nourri aux rêves), mais j’vais d’abord lire la suite. Il faut que je la lise !

Voilà. Pas besoin de le dire je présume, mais j’ai ADORE de putain d’ADORE ce bouquin. Pas déçue du voyage ! Une vraie bombe dans ma bibliothèque ! Quel honneur d’avoir pu le gagner !

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Vous pouvez trouver l’auteure (super sympathique en passant) sur twitter : @HababouZoe
Et ses livres sur amazon en tapant son nom tout simplement.

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